{"id":883,"date":"2020-12-14T09:02:16","date_gmt":"2020-12-14T08:02:16","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=883"},"modified":"2020-12-14T09:02:16","modified_gmt":"2020-12-14T08:02:16","slug":"fil-rompu-et-filiation-renouee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2020\/12\/14\/fil-rompu-et-filiation-renouee\/","title":{"rendered":"Fil rompu et filiation renou\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 chaque rentr\u00e9e, il y en a un. C\u2019est syst\u00e9matique. Le roman de filiation a la cote depuis des ann\u00e9es, et il a parfois tendance \u00e0 nous lasser par son impression de d\u00e9j\u00e0-vu. Cet automne un \u00e9ni\u00e8me livre de ce genre est n\u00e9. Il s\u2019agit du premier roman de l\u2019assistante de production cin\u00e9matographique genevoise C\u00e9line Spierer, <em>Le fil rompu. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019autrice propose de suivre plusieurs trames narratives se rapportant chacune \u00e0 une \u00e9poque et donc \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration diff\u00e9rente. Alors forc\u00e9ment, on attend l\u2019\u00e9l\u00e9ment qui fera se rejoindre les lign\u00e9es. Il faut l\u2019avouer, la \u00ab\u00a0pi\u00e8ce manquante\u00a0\u00bb se fait attendre, ce qui, au premier abord, cr\u00e9e une certaine frustration. L\u2019impatience nous gagne. D\u2019autant plus qu\u2019au d\u00e9but, on ne sait pas trop ce qu\u2019on lit. La quatri\u00e8me de couverture et le paratexte introduisent une histoire de tableaux acquis par un acheteur anonyme, mais cette intrigue se perd par la suite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, on ne l\u00e2che pas le livre. Il y a un \u00ab\u00a0petit quelque chose\u00a0\u00bb qui fait qu\u2019on y retourne, qu\u2019on laisse de c\u00f4t\u00e9 la frustration. Evidemment, l\u2019envie de savoir o\u00f9 nous m\u00e8ne le roman y est pour quelque chose. Mais ce n\u2019est pas tout. C\u2019est d\u2019abord une question d\u2019ambiance. L\u2019autrice cr\u00e9e une atmosph\u00e8re particuli\u00e8re, envo\u00fbtante. Ensuite, les diff\u00e9rentes trames nous prom\u00e8nent \u00e0 travers l\u2019Europe et le vingti\u00e8me si\u00e8cle. On se laisse prendre par la main et on voyage, toujours sans trop savoir ce qu\u2019on attend. Petit \u00e0 petit, ce n\u2019est pas seulement le temps et l\u2019espace que C\u00e9line Spierer nous fait traverser, mais aussi la soci\u00e9t\u00e9. D\u00e9tour en enfer, on red\u00e9couvre les atrocit\u00e9s humaines du si\u00e8cle pass\u00e9 sous un angle particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce voyage, le lecteur est invit\u00e9 \u00e0 l\u2019entreprendre en suivant l\u2019histoire d\u2019une famille, mais surtout l\u2019histoire de femmes. Des personnages f\u00e9minins (mais pas uniquement) qui deviennent sinc\u00e8rement attachants. C\u2019est surtout le cas de la protagoniste qui, autant lorsqu\u2019on la voit enfant que personnage \u00e2g\u00e9, nous touche. On adh\u00e8re \u00e0 sa philosophie\u00a0: \u00ab\u00a0Une exp\u00e9rience n\u2019est jamais trop dramatique tant qu\u2019il y a du dessert\u00a0\u00bb. Ce \u00ab\u00a0je ne sais quoi\u00a0\u00bb qui rend le roman attrayant, c\u2019est aussi sa profondeur qui nous vient directement de la protagoniste. A travers son histoire se pose la question de l\u2019identit\u00e9. Question amen\u00e9e tout en subtilit\u00e9, suppos\u00e9e plus que pos\u00e9e. Question d\u2019identit\u00e9 du personnage mais aussi de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: quand on a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par une famille nazie puis qu\u2019on retrouve sa m\u00e8re biologique survivante des camps de la mort \u2026 qui, finalement, fait le bien et le mal\u00a0? L\u2019enfant, dans sa vision manich\u00e9enne du monde, ne sait plus qui croire ni qui \u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Finalement, l\u2019histoire des tableaux \u00e9merge \u00e0 nouveau. Ce n\u2019est pas la trame principale comme on aurait pu le croire, mais l\u2019\u00e9l\u00e9ment qui englobe le roman. Le r\u00e9cit s\u2019ouvre et se cl\u00f4t sur ces toiles. Il relie le fil rompu et le fil (presque\u00a0?) renou\u00e9. Si cela peut passer pour une bizarrerie, on finit par comprendre que c\u2019est un \u00e9l\u00e9ment cr\u00e9ateur de cette atmosph\u00e8re particuli\u00e8re, au m\u00eame titre que l\u2019attente critiqu\u00e9e au d\u00e9but de ces lignes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u00e9line Spierer propose une petite perle avec son r\u00e9cit de filiation, pour autant que l\u2019on accepte de se laisser guider par les diff\u00e9rentes trames sans faire preuve d\u2019une impatience malvenue qui g\u00e2cherait la lecture.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">C\u00e9line Spierer, <em>Le fil rompu<\/em>, Paris, Editions H\u00e9lo\u00efse d\u2019Ormesson, 2020, 396 p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 chaque rentr\u00e9e, il y en a un. C\u2019est syst\u00e9matique. Le roman de filiation a la cote depuis des ann\u00e9es, et il a parfois tendance \u00e0 nous lasser par son impression de d\u00e9j\u00e0-vu. 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