{"id":900,"date":"2021-03-08T08:46:21","date_gmt":"2021-03-08T07:46:21","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=900"},"modified":"2021-03-08T08:53:21","modified_gmt":"2021-03-08T07:53:21","slug":"un-roman-suisse-ou-ma-vie-deguisee-en-plusieurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2021\/03\/08\/un-roman-suisse-ou-ma-vie-deguisee-en-plusieurs\/","title":{"rendered":"Un roman suisse ou : \u00ab\u00a0ma vie d\u00e9guis\u00e9e en plusieurs\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">C\u2019est un dr\u00f4le de titre qu\u2019a choisi Jean Billeter pour son dernier livre, \u00e0 la fois modeste et pr\u00e9tentieux. Est-ce qu\u2019on pourrait s\u2019attendre \u00e0 une histoire \u00e0 vocation nationale&nbsp;? Mais&nbsp;<em>un<\/em>&nbsp;n\u2019est jamais juste&nbsp;<em>un<\/em>, puisqu\u2019il implique indirectement tous les autres \u2013 toutes les absences \u2013 d\u2019une cat\u00e9gorie point\u00e9e. Ainsi, avant que cette voix nationale puisse prendre sa forme unanime, elle se trouve d\u00e9j\u00e0 an\u00e9antie par l\u2019article ind\u00e9fini venant rappeler sa nature multiple.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Billeter s\u2019est justement d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 ce fond multifactoriel de l\u2019expression&nbsp;litt\u00e9raire. Dans&nbsp;<em>Un roman suisse<\/em>&nbsp;il donne une voix \u00e0 tout ce qu\u2019il y a de farouche dans une pens\u00e9e, tout ce qui fait contradiction dans une vie racont\u00e9e et tout ce qui reste du palimpseste en litt\u00e9rature.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Au c\u0153ur de cette discordance, la voix de l\u2019\u00e9crivain. Mais qui&nbsp;? Il s\u2019agit principalement d\u2019un auteur originaire de Morges mais vivant en France. Le protagoniste est de caract\u00e8re sec mais franc et nous confie avec sinc\u00e9rit\u00e9 la petitesse de son existence litt\u00e9raire. Il se consid\u00e8re comme auteur de deuxi\u00e8me classe, et sans autre ambition, il s\u2019y (com)pla\u00eet.&nbsp;<br><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><br><em>Comment ne pas aimer la subtile parano\u00efa des d\u00e9boires, des d\u00e9faillances, des impasses, la poisse, les occasions manqu\u00e9es, la d\u00e9bine, l\u2019abouti, l\u2019incommodit\u00e9, l\u2019\u00e9chec, la tristesse, ce qui est noir, morne, avort\u00e9&nbsp;? Seuls les faillis de la vie me vont \u00e0 l\u2019\u00e2me.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><br>Sur la sc\u00e8ne r\u00e9serv\u00e9e aux auteurs, il semble s\u2019irriter contre soi-m\u00eame et devient presque grotesque face aux questions des journalistes, qui aimeraient s\u2019entretenir avec lui au sujet de la litt\u00e9rature. Mais \u00e0 ce sujet il ne trouve pas grand-chose \u00e0 dire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Une fois mis les phares, assis dans son cabriolet pour rentrer chez soi, il se revitalise. Ces \u00e9pisodes de fuite sont les moments euphoriques du roman. De longs monologues int\u00e9rieurs relient les bribes \u00e0 un ensemble, autrement dit la queue \u00e0 la t\u00eate et Morges \u00e0 la mer. Le protagoniste qualifie ces tirades de&nbsp;<em>diarrh\u00e9e verbale<\/em>. Mais, rassurez-vous, le produit sous nos yeux n\u2019a pourtant rien de d\u00e9sagr\u00e9able&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Pour la lecture \u00e0 vive allure, il suffit de se pencher en arri\u00e8re et de se laisser emporter par la plume de l\u2019auteur. Un voyage stimulant \u00e0 travers le paysage litt\u00e9raire, une course \u00e0 vitesse excessive lors de laquelle on d\u00e9couvre une richesse de d\u00e9tails, souvent insignifiants mais divertissants. Le protagoniste se prononce sur son existence litt\u00e9raire et nous d\u00e9voile des anecdotes surprenantes sur les vrais, grands litt\u00e9raires. Ainsi, rapproch\u00e9es et sans transition, ces micro-histoires fragmentaires fusionnent&nbsp;dans un ensemble h\u00e9t\u00e9roclite, quelque chose de d\u00e9sarticul\u00e9 qui fait la vie d\u2019\u00e9crivain&nbsp;:<br><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-left\"><p><em><br>Ma biographie ce sont mes romans. Des milliers de vies en une, j\u2019ai le vertige du pass\u00e9. Je suis un \u00eatre d\u2019encre et de papier \u00e9gratign\u00e9.<\/em><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><br>Les derni\u00e8res pages plongent le narrateur dans une&nbsp;<em>molle l\u00e9thargie,&nbsp;<\/em>comme si elles correspondaient \u00e0 sa propre fin. 468 pages d\u2019amusement et d\u2019irritation aboutissent \u00e0 ces mots&nbsp;:&nbsp;<em>Biographie close, d\u00e9tach\u00e9e de moi.<\/em><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><br>Jean Billeter,&nbsp;<em>Un roman suisse<\/em>, \u00c9ditions de l\u2019Aire, 2020, 368 pages, 33 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est un dr\u00f4le de titre qu\u2019a choisi Jean Billeter pour son dernier livre, \u00e0 la fois modeste et pr\u00e9tentieux. Est-ce qu\u2019on pourrait s\u2019attendre \u00e0 une histoire \u00e0 vocation nationale&nbsp;? 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