{"id":930,"date":"2021-03-29T06:00:00","date_gmt":"2021-03-29T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=930"},"modified":"2021-03-29T08:27:22","modified_gmt":"2021-03-29T06:27:22","slug":"deux-regards-sur-lhistoire-dun-soulevement-de-laurence-boissier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2021\/03\/29\/deux-regards-sur-lhistoire-dun-soulevement-de-laurence-boissier\/","title":{"rendered":"Deux regards sur l&rsquo;Histoire d&rsquo;un soul\u00e8vement de Laurence Boissier"},"content":{"rendered":"\n<h2>Un long dimanche de randonn\u00e9e&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p>Par Nicolas Mauron<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans son nouveau roman,&nbsp;<em>Histoire d\u2019un soul\u00e8vement<\/em>, Laurence Boissier narre une randonn\u00e9e de neuf jours, pendant laquelle un groupe h\u00e9t\u00e9roclite traverse les Alpes. La bande se compose, outre Laurence, l\u2019alter ego de l\u2019autrice, d\u2019un guide, d\u2019un couple, de deux hommes et d\u2019une femme. Cette aventure sera l\u2019occasion pour Hugh, le guide, de raconter l\u2019histoire de la naissance des Alpes et de la formation de la vie sur Terre, des premi\u00e8res \u00e8res pr\u00e9historiques \u00e0 la naissance de l\u2019homme. Nous suivons ces sept personnes selon le point de vue de Laurence, dont nous lisons le journal de bord. Cette derni\u00e8re, n\u00e9ophyte dans l\u2019art de la randonn\u00e9e, s\u2019est clairement fourvoy\u00e9e en s\u2019inscrivant dans un trek bien trop difficile pour elle. Et pourtant, elle s\u2019accroche et, de jour en jour, parvient, non sans mal, \u00e0 suivre le rythme impos\u00e9 par le groupe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Laurence Boissier m\u00eale trois intrigues&nbsp;: l\u2019histoire de la cr\u00e9ation du monde par Hugh, les aventures du groupe de randonn\u00e9e et ses propres souvenirs d\u2019enfance \u2013 mais sans qu\u2019une seule ne soit r\u00e9ellement int\u00e9ressante ni aboutie&nbsp;! Elle se propose de nous raconter&nbsp;<em>l\u2019Histoire d\u2019un soul\u00e8vement<\/em>, mais, paradoxalement, son roman est d\u2019une platitude rarement atteinte. Heureusement, il se lit vite, le temps d\u2019un dimanche pluvieux. En effet, le style est suffisamment pauvre pour ne pas entraver la lecture et les quelques 240 pages a\u00e9r\u00e9es propos\u00e9es par l\u2019\u00e9diteur ne nous r\u00e9sistent pas longtemps. Et pourtant\u2026 durant la journ\u00e9e o\u00f9 j\u2019ai lu l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du roman, le temps s\u2019est dilat\u00e9, s\u2019est prolong\u00e9 infiniment, l\u2019ennui se saisissait de moi et mon c\u0153ur me suppliait d\u2019arr\u00eater.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">J\u2019ai r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la farouche envie de fermer d\u00e9finitivement ce roman avant de le terminer pour une seule raison. Laurence Boissier nous propose l\u2019histoire d\u2019une randonn\u00e9e. Or, je sais d\u2019exp\u00e9rience que, pendant une randonn\u00e9e, on peut souffrir physiquement, on peut s\u2019ennuyer parfois, on peut regretter d\u2019avoir commenc\u00e9, on peut vouloir tout plaquer et retourner siroter un th\u00e9 (ou autre selon votre bon vouloir) au chalet&nbsp;; mais je sais \u00e9galement qu\u2019on finit toujours par \u00eatre r\u00e9compens\u00e9 pour nos efforts. \u00d4 ce moment de gr\u00e2ce o\u00f9, essouffl\u00e9s et transpirants, nous posons notre sac qui nous scie les \u00e9paules, nous respirons enfin l\u2019air pur et nous contemplons un splendide paysage qui s\u2019\u00e9tire \u00e0 perte de vue&nbsp;! Logiquement, je m\u2019attendais donc \u00e0 un final en apoth\u00e9ose pour ce roman mais grand mal m\u2019en a pris. Ce livre est une randonn\u00e9e qui aboutit dans une zone HLM d\u00e9cevante&nbsp;; c\u2019est recevoir un Coca-Cola ti\u00e8de, un jour de canicule, sur une terrasse grise, au bord d\u2019une grande route, et sans gaz (le Coca, pas la route). Durant la lecture du roman je me suis transform\u00e9 en un Sisyphe moderne, mais j\u2019interdis \u00e0 quiconque de m\u2019imaginer heureux !&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Avant de r\u00e9diger cette chronique, je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 ce que d\u2019autres lecteurs avaient pens\u00e9 du roman. Quelle ne fut pas surprise de ne voir que des critiques positives, voire \u00e9logieuses&nbsp;! Pr\u00e9cisons tout de m\u00eame que la plupart de celles que j\u2019ai lues sont compil\u00e9es sur le site internet de la maison d\u2019\u00e9dition, cela m\u2019\u00e9tonnerait que celle que je suis en train de r\u00e9diger y figurera un jour&nbsp;! Toujours est-il que je me suis remis en question&nbsp;: suis-je pass\u00e9 compl\u00e8tement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du roman&nbsp;? Que n\u2019ai-je pas compris qui semble si \u00e9vident et plaisant aux autres&nbsp;? Ma critique est-elle injuste&nbsp;? Est-ce juste du&nbsp;<em>bashing&nbsp;<\/em>gratuit&nbsp;? Suis-je comparable \u00e0 un Beigbeder qui s\u2019acharne sur le premier livre de L\u00e9na Situations&nbsp;&nbsp;dans le Figaro&nbsp;? Pour \u00e9viter qu\u2019on me prenne pour un \u00e9tudiant pr\u00e9matur\u00e9ment aigri, laissez-moi rappeler qu\u2019il s\u2019agit ici de mon avis subjectif qui r\u00e9sulte sans doute en partie de ma d\u00e9ception, ayant beaucoup appr\u00e9ci\u00e9&nbsp;<em>Rentr\u00e9e des classes<\/em>, le premier roman de l\u2019autrice.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Vous aurez compris que je ne conseille pas la lecture de ce livre. Laissez-moi donc vous offrir des raisons de ne pas le lire. Le style m\u2019a sembl\u00e9 banal, simpliste et ennuyeux. Je n\u2019ai pas saisi l\u2019int\u00e9r\u00eat de nous raconter ces histoires (ce n\u2019est pas que l\u2019histoire de la cr\u00e9ation des Alpes ne m\u2019int\u00e9resse pas, mais je n\u2019ai pas envie que l\u2019on m\u2019impose ces le\u00e7ons magistrales au milieu d\u2019un roman), les dialogues sonnent faux et sont d\u2019une banalit\u00e9 \u00e0 peine supportable, les quelques tentatives d\u2019humour tombent \u00e0 l\u2019eau et les efforts d\u2019autod\u00e9rision de l\u2019autrice, qui auraient pu me plaire, sont cribl\u00e9s de lieux communs (\u00ab&nbsp;j\u2019ai s\u00fbrement autant de charme qu\u2019un poisson hors de l\u2019eau&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Au d\u00e9but c\u2019\u00e9tait pour \u00e9chapper au statut de plante d\u2019appartement&nbsp;\u00bb, etc.). A vrai dire, le livre est parvenu \u00e0 m\u2019arracher un sourire lorsque Laurence, qui parle du roman qu\u2019elle \u00e9crit lors de la randonn\u00e9e (celui que nous lisons donc), s\u2019exclame&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Mais, il faut bien que quelque chose se passe, dans mon bouquin&nbsp;!&nbsp;\u00bb Quelle douce ironie&nbsp;! Les seuls personnages qui am\u00e8nent un peu de fra\u00eecheur au tableau sont trois chasseurs que nous rencontrons lors d\u2019une des derni\u00e8res journ\u00e9es de randonn\u00e9e, mais qui ne restent qu\u2019une petite dizaine de pages\u2026 M\u00eame l\u2019ennui d\u2019un confinement et des longues soir\u00e9es d\u2019hiver ne justifient pas la lecture de ce roman.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"has-text-align-center\">La Suisse insoumise<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Par Thomas Hunkeler<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>\u00ab&nbsp;Rasez les Alpes pour qu\u2019on voie la mer&nbsp;!&nbsp;\u00bb Lanc\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 par une jeunesse suisse fatigu\u00e9e des mythes et lieux de m\u00e9moire ancestraux, le slogan a depuis pris quelques rides. Car sous l\u2019influence conjointe de l\u2019\u00e9cologie et du culte d\u2019Instagram, la jeune g\u00e9n\u00e9ration red\u00e9couvre depuis plusieurs ann\u00e9es les plaisirs d\u2019antan comme la randonn\u00e9e en montagne, avec bien s\u00fbr d\u00e9sormais un \u00e9quipement ultra-performant, des repas lyophilis\u00e9s et le GPS outdoor \u00e0 \u00e9cran tactile. Un retour \u00e0 la nature en version 2.0 dont l\u2019\u00e9crivaine genevoise Laurence Boissier retrace l\u2019exp\u00e9rience avec une ironie mordante et jubilatoire.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Mais quelle mouche l\u2019a donc piqu\u00e9e&nbsp;? Sur un coup de t\u00eate qui ressemble \u00e0 un coup de gueule, Laurence s\u2019est inscrite \u00e0 une randonn\u00e9e de groupe pendant neuf jours en haute montagne, sans aucune exp\u00e9rience pr\u00e9alable. \u00ab&nbsp;<em>Sur l\u2019Alpe, mon statut \u00e9quivaut \u00e0 celui d\u2019un animal domestique. On me monte pour ne pas me laisser seule \u00e0 la maison. J\u2019ai essay\u00e9 la balade en raquettes. Trop vite, j\u2019ai le souffle court, le nez qui coule et je ne fais plus qu\u2019attendre le prochain vin chaud.<\/em>&nbsp;\u00bb Mais lorsque son mari lui signale qu\u2019elle n\u2019est plus oblig\u00e9e de l\u2019accompagner, lui et les enfants, en s\u00e9jour de neige, et qu\u2019elle peut aussi bien rester \u00e0 la maison, son sang ne fait qu\u2019un tour&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>En quelques mots, je me suis vue r\u00e9trograd\u00e9e du statut d\u2019animal domestique \u00e0 celui de plante d\u2019int\u00e9rieur. Et \u00e7a, \u00e7a m\u2019a fait r\u00e9agir.<\/em>&nbsp;\u00bb Le type de randonn\u00e9e choisie s\u2019av\u00e9rera cependant particuli\u00e8rement \u00e9prouvant. Sur une \u00e9chelle allant de la promenade en faible pente, ma\u00eetrisable en baskets, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019itin\u00e9raire alpin ardu entre terrains d\u2019\u00e9boulis et glaciers, la randonn\u00e9e \u00e0 laquelle Laurence s\u2019est inscrite rel\u00e8verait, de l\u2019avis des autres membres du groupe, d\u2019un quatre plut\u00f4t que du trois annonc\u00e9. \u00ab&nbsp;<em>Pour toi il aurait fallu une deux. \u2013 Une un ou une deux, confirme Magali, pas beaucoup plus.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">D\u00e8s le premier jour, l\u2019exp\u00e9rience de Laurence prend des allures de parcours du combattant, ou plut\u00f4t de chemin de croix. Car tandis que les randonneurs les plus exp\u00e9riment\u00e9s du groupe se d\u00e9lectent de la vue \u00e0 couper le souffle, Laurence, quant \u00e0 elle, peine \u00e0 gober l\u2019air durant la mont\u00e9e. Et lorsque Martin, en bon samaritain, finit par lui prendre son sac \u00e0 dos pour la soulager, il ne tardera pas \u00e0 se tordre la cheville, de sorte qu\u2019un h\u00e9licopt\u00e8re de secours devra l\u2019\u00e9vacuer \u2013 et Laurence sera bien oblig\u00e9e de reprendre son sac. Le soir, au refuge pourvu de WC chimiques \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, le plaisir continue&nbsp;: on fait la queue pour prendre sa douche. \u00ab&nbsp;<em>Je m\u2019essuie avec ma nouvelle serviette \u00e0 s\u00e9chage ultra-rapide. Son fonctionnement est archi-simple, elle refuse de s\u2019imbiber de la moindre goutte d\u2019eau.<\/em>&nbsp;\u00bb Mais lorsque notre randonneuse novice tente \u00e0 plusieurs reprises de convaincre le guide de la laisser abandonner le tour, ce dernier fait la sourde oreille et pr\u00e9f\u00e8re \u00e9voquer l\u2019histoire g\u00e9ologique, non des Alpes mais de la cha\u00eene hercynienne qui constitue le socle sur lequel les Alpes s\u2019\u00e9l\u00e8veront bien plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">En tissant ainsi dans son r\u00e9cit l\u2019histoire du soul\u00e8vement g\u00e9ologique des Alpes et celui d\u2019une exp\u00e9rience de randonn\u00e9e, qui au quatri\u00e8me jour conna\u00eet aussi un soul\u00e8vement \u2013 aussi vain que passager \u2013 de la part de Laurence contre le guide, l\u2019autrice s\u2019amuse \u00e0 dresser non seulement un portrait au vitriol des comportements d\u2019un groupe social en qu\u00eate de sentiments forts, mais aussi une m\u00e9ditation en fin de compte assez tendre sur la place de l\u2019humain \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la g\u00e9ologie. Car si ses fr\u00e8res et s\u0153urs de cord\u00e9e ont chacun ses faiblesses trop humaines, comme Bernard l\u2019amateur de plantes, Thierry le Don Juan de service ou encore Magali en petite niaise qui s\u2019av\u00e8re finalement assez perspicace, tous les personnages sont touchants \u00e0 leur fa\u00e7on, une fois qu\u2019on a fait leur connaissance. M\u00eame Laurence, cet alter ego de l\u2019\u00e9crivaine qui n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 se d\u00e9peindre sous un jour assez ridicule, avec cependant un sens de l\u2019humour et de l\u2019autod\u00e9rision qui la rend d\u00e8s le d\u00e9but fort sympathique, ne pourra se d\u00e9rober au charme discret et imperturbable du guide Hugh. Ce dernier nous fait traverser l\u2019\u00e9volution de la terre en autant de le\u00e7ons d\u2019une s\u00e9cheresse scientifique qui serait peut-\u00eatre insupportable si elle n\u2019\u00e9tait pas m\u00e2tin\u00e9e d\u2019un sens de l\u2019absurde grandiose. Et peu \u00e0 peu, l\u2019infiniment grand et le minuscule, le sublime et le grotesque s\u2019interp\u00e9n\u00e8trent dans l\u2019esprit des participants. \u00ab&nbsp;<em>Nous ne sommes personne. Nous sommes l\u2019\u0153uf du possible. Nous nidifions dans le ventre de Magali. Nous nous dirigeons vers la matrice. De zygote nous devenons embryon. Nous nous s\u00e9parons en deux cellules filles, puis en quatre, puis en huit. Elles ont la capacit\u00e9 de tout devenir. De l\u2019os, du muscle, du duvet, pour le moment elles n\u2019ont pas \u00e0 choisir. Elles sont totipotentes.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Avec&nbsp;<em>Histoire d\u2019un soul\u00e8vement<\/em>, qui m\u00eale d\u2019une fa\u00e7on originale autofiction et journal de voyage, Laurence Boissier s\u2019inscrit avec talent dans un courant litt\u00e9raire o\u00f9 la tendance \u00e0 l\u2019introspection (dont on fait volontiers, depuis Rousseau, l\u2019une des constantes de la litt\u00e9rature en Suisse romande) se combine \u00e0 l\u2019exploration de lieux qui le plus souvent \u00e9chappent au domaine de la litt\u00e9rature de voyage, que ce soit en raison de leur proximit\u00e9 ou de leur caract\u00e8re quotidien, voire banal. On notera en tout cas qu\u2019il y a une ressemblance th\u00e9matique \u00e9tonnante entre le r\u00e9cit de Boissier et un ouvrage r\u00e9cent comme&nbsp;<em>Neiges int\u00e9rieures<\/em>&nbsp;d\u2019Anne-Sophie Subilia (Zo\u00e9, 2020), qui raconte lui aussi, sous la forme d\u2019un journal de voyage, une excursion en bateau par un groupe de quatre architectes paysagistes vers les mers du cercle polaire. Si le style minimaliste de Subilia est \u00e0 l\u2019image des r\u00e9gions du Grand Nord, tout en blanc et gris et sans touche d\u2019humour, les rapports humains entre les membres du groupe, exacerb\u00e9s par le confinement sur un voilier long de seulement seize m\u00e8tres, sont ici \u00e9galement au centre du texte et font appara\u00eetre une narratrice cynique constamment aux prises avec elle-m\u00eame et les autres. On peut enfin \u00e9voquer le r\u00e9cit du voyage autour du monde entrepris par la journaliste lausannoise Rinny Gremaud dans&nbsp;<em>Un monde en toc<\/em>&nbsp;(Seuil, 2018) pour rendre visite aux plus grands malls commerciaux de la plan\u00e8te, qui accorde lui aussi une large place \u00e0 l\u2019introspection d\u2019une narratrice gu\u00e8re tendre avec elle-m\u00eame. Trois voix de femmes, trois fa\u00e7ons de revisiter le r\u00e9cit de voyage sans c\u00e9der \u00e0 ce que le genre peut avoir de facile et de convenu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">&nbsp;<p class=\"has-text-align-center\">Laurence Boissier, <em>Histoire d\u2019un soul\u00e8vement<\/em>, art &amp; fiction, Lausanne et Gen\u00e8ve, 2020, 240p., 14&nbsp;\u20ac<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un long dimanche de randonn\u00e9e&nbsp; Par Nicolas Mauron Dans son nouveau roman,&nbsp;Histoire d\u2019un soul\u00e8vement, Laurence Boissier narre une randonn\u00e9e de neuf jours, pendant laquelle un groupe h\u00e9t\u00e9roclite traverse les Alpes. La bande se compose, outre Laurence, l\u2019alter ego de l\u2019autrice, d\u2019un guide, d\u2019un couple, de deux hommes et d\u2019une femme. 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