{"id":946,"date":"2021-04-12T06:00:00","date_gmt":"2021-04-12T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=946"},"modified":"2021-04-10T10:07:47","modified_gmt":"2021-04-10T08:07:47","slug":"aller-retour-la-traduction-dans-tous-ses-etats","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2021\/04\/12\/aller-retour-la-traduction-dans-tous-ses-etats\/","title":{"rendered":"Aller-retour, la traduction dans tous ses \u00e9tats"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">Le 6 mars 2021 a eu lieu \u00e0 Fribourg, au Nouveau Monde, le festival de traduction litt\u00e9raire&nbsp;<a href=\"https:\/\/chstiftung.ch\/fr\/aller-retour\/le-festival\">\u00ab&nbsp;Aller-retour&nbsp;\u00bb<\/a>, sous la forme de s\u00e9ances \u00ab&nbsp;Zoom&nbsp;\u00bb et de retransmissions directes. La notion d\u2019\u00e9motion a offert un fil rouge aux diverses rencontres entre traductrices, auteurs et professionnelles du spectacle qui ont r\u00e9fl\u00e9chi ensemble sur les enjeux de la traduction dans tous ses \u00e9tats. Un groupe d\u2019\u00e9tudiantes du programme de bachelor \u00ab&nbsp;Bilinguisme et \u00e9change culturel&nbsp;\u00bb (Universit\u00e9 de Fribourg) a suivi plusieurs de ces rencontres et en rend ici compte pour vous.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Thomas Hunkeler<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"has-text-align-left\">Les myrtilles du Mol\u00e9son<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans le cadre du festival aller-retour \u00e0 Fribourg le public a eu l\u2019occasion de rencontrer le traducteur Renato Weber, m\u00eame si la discussion a d\u00fb se faire par Zoom. Au centre de la discussion se trouvait l\u2019ouvrage&nbsp;<em>Les myrtilles du Mol\u00e9son<\/em>&nbsp;du po\u00e8te tessinois Giovanni Orelli, traduit par Weber qui s\u2019est pr\u00eat\u00e9 avec amabilit\u00e9 au jeu de guider son audience \u00e0 travers le monde d\u2019Orelli et les particularit\u00e9s de son style. Le format \u00e9tait celui d\u2019un club de lecture, o\u00f9 Weber pr\u00e9sentait quelques enjeux de traduction li\u00e9s au texte d\u2019Orelli. Les spectateurs avaient alors la possibilit\u00e9 de comparer la version italienne avec la version fran\u00e7aise, ce qui leur permettait de mieux comprendre ces enjeux.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Comment r\u00e9agir en tant que traducteur face \u00e0 des jeux m\u00e9talinguistiques qui n\u2019existent pas forcement au m\u00eame degr\u00e9 dans la langue seconde&nbsp;? Comment trouver le bon \u00e9quilibre entre la fid\u00e9lit\u00e9 envers l\u2019original et l\u2019adaptation \u00e0 la langue seconde&nbsp;? \u00c0 partir d\u2019un extrait concret, Weber montre son travail de traducteur, ce qui permet aux spectateurs de reconna\u00eetre les traits essentiels du style d\u2019Orelli. Le po\u00e8te tessinois travaillait beaucoup avec des parenth\u00e8ses et des jeux m\u00e9talinguistiques particuliers \u00e0 la langue italienne et d\u2019autant plus difficiles \u00e0 mettre en fran\u00e7ais. Dans une des nouvelles, le narrateur r\u00eave par exemple de devoir retourner \u00e0 l\u2019\u00e9cole et d\u2019inventer une dict\u00e9e. Le r\u00e9cit d\u2019Orelli n\u2019est pas construit sur une progression th\u00e9matique logique mais sur des mots qui se ressemblent au niveau phon\u00e9tique. En italien cela est mis en \u00e9vidence \u00e0 travers le son \u00ab&nbsp;ch&nbsp;\u00bb qui a une difficult\u00e9 particuli\u00e8re pour les italophones. Dans la mesure o\u00f9 les sons et la phonologie fran\u00e7aise sont diff\u00e9rents, cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 simple \u00e0 traduire. Weber opte alors souvent pour la solution d\u2019utiliser le mot italien afin de garder le son et d\u2019expliquer apr\u00e8s si n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Par ailleurs, Orelli insiste sur les r\u00e9p\u00e9titions qui renforcent certaines \u00e9motions que le texte souhaite \u00e9voquer chez le lecteur. Weber explique que pour le traducteur, il n\u2019est pas toujours facile de r\u00e9sister \u00e0 l\u2019envie d\u2019aplatir le r\u00e9cit. Ce dernier semble excessif et on souhaiterait le simplifier. Mais apr\u00e8s une \u00e9tude plus approfondie, il appara\u00eet \u00e9vident que le style et le suspense sont \u00e9troitement li\u00e9s. \u00c0 l\u2019aide des r\u00e9p\u00e9titions, Orelli force en effet le lecteur \u00e0 attendre le d\u00e9nouement final. Il cr\u00e9e ainsi un certain suspense qui tient le lecteur en haleine. Supprimer les r\u00e9p\u00e9titions reviendrait donc \u00e0 enlever du suspense, ce qui m\u00e8nerait \u00e0 une perte de qualit\u00e9 du livre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Un autre aspect important est l\u2019humour. Il faut d\u2019abord saisir l\u2019humour d\u2019Orelli dans le texte original, ce qui n\u2019est pas toujours facile. Au premier regard, l\u2019humour est difficilement perceptible. Mais quand on a lu plusieurs ouvrages de l\u2019auteur on commence \u00e0 se familiariser avec le monde du po\u00e8te et donc aussi avec son sens de l\u2019humour. Mais ensuite, il s\u2019agit de le transf\u00e9rer dans une autre langue, mission souvent impossible. L\u2019exercice demande \u00e9galement une certaine familiarit\u00e9 avec le monde du lecteur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Il est passionnant de suivre ainsi le travail du traducteur. Weber a r\u00e9ussi \u00e0 expliquer les d\u00e9cisions qu\u2019il a prises durant son travail de mani\u00e8re compr\u00e9hensible pour un grand public. Le fait d\u2019observer le texte dans l\u2019original et dans la traduction, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, a permis aux spectateurs de mieux comprendre la complexit\u00e9 de la t\u00e2che d\u2019un traducteur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Lena Br\u00fcgger<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"has-text-align-left\">Dans le domaine des algorithmes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">De nos jours, elle ne peut plus manquer lors d\u2019un festival de traduction&nbsp;: la traduction automatique. S\u2019il \u00e9tait facile, il y a quelques ann\u00e9es, de pi\u00e9ger les algorithmes pour voir quel charabia ils nous sortaient, les r\u00e9sultats sont aujourd\u2019hui au contraire impressionnants. En effet, s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas marqu\u00e9 \u00ab&nbsp;traduit de l\u2019anglais&nbsp;\u00bb devant une traduction Google, on ne s\u2019en rendrait souvent m\u00eame pas compte. Tout le monde est d\u2019accord, la traduction automatique s\u2019av\u00e8re parfois bien pratique quand on arrive dans une r\u00e9gion dont on ne ma\u00eetrise pas ou mal la langue, pour traduire le contenu d\u2019un site web ou d\u00e9chiffrer une phrase biscornue sur laquelle on bute. Mais il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une utilisation personnelle, la traduction n\u2019a alors pas besoin d\u2019\u00eatre parfaite ni fluide, pour autant que l\u2019on comprenne. Qu\u2019en est-il de la traduction professionnelle&nbsp;? La traduction automatique rendra-t-elle bient\u00f4t les traducteurs humains superflus, ou au contraire n\u2019est-elle bonne \u00e0 rien dans le domaine litt\u00e9raire, faute d\u2019\u00e9motions&nbsp;? Permet-elle peut-\u00eatre de gagner du temps&nbsp;? Ce sont l\u00e0 des questions br\u00fblantes qui concernent les traducteurs professionnels aujourd\u2019hui, et on sentait cette sorte de tension, ou du moins cette implication dans le public durant la conversation entre la traductrice Camille Logoz et Samuel L\u00e4ubli, un expert de l\u2019Institut de linguistique computationnelle de l\u2019universit\u00e9 de Zurich.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Au fond, qu\u2019est-ce que la traduction automatique&nbsp;? Avec le terme \u00ab&nbsp;intelligence artificielle&nbsp;\u00bb, quelques images de marketing, des substrats de science-fiction et notre regard anthropocentrique qui voit de l\u2019humain partout, nous avons vite tendance \u00e0 nous imaginer des robots \u00e0 super-pouvoirs, qui arriveront bient\u00f4t \u00e0 tout faire mieux que nous. Mais cette image ne refl\u00e8te pas la r\u00e9alit\u00e9, comme l\u2019a soulign\u00e9 Samuel L\u00e4ubli en expliquant les grandes lignes du fonctionnement d\u2019un programme de traduction automatique. Ce sont des ordinateurs puissants qui \u00ab&nbsp;<em>apprennent&nbsp;<\/em>\u00bb \u00e0 imiter des traductions humaines \u00e0 partir d\u2019\u00e9normes banques de donn\u00e9es. On dit qu\u2019ils sont \u00ab&nbsp;<em>intelligents&nbsp;<\/em>\u00bb parce qu\u2019ils arrivent, en comparant leur r\u00e9sultat et la traduction humaine mod\u00e8le, \u00e0 ajuster leurs r\u00e9glages tout seuls. Mais les programmes de traduction connaissent leurs limites. Les concepts d\u2019\u00e9motions, de jeux de mots, d\u2019esth\u00e9tique du langage et de cr\u00e9ativit\u00e9 leur sont tout \u00e0 fait inconnus, ils sont incapables de prendre des libert\u00e9s ou de juger \u00e0 quel point leur traduction est adapt\u00e9e. D\u2019un point de vue juridique, ils ne peuvent assumer de responsabilit\u00e9 et garantir l\u2019\u00e9quivalence de la traduction au texte source. Et \u00e0 ce jour, selon une \u00e9tude de L\u00e4ubli, ils n\u2019ont pas encore atteint le niveau des traductions humaines&nbsp;: ils arrivent tout au plus \u00e0 rejoindre les humains pour l\u2019exactitude du contenu au niveau de la phrase, mais au niveau d\u2019un texte entier les traductions humaines sont plus pr\u00e9cises, plus coh\u00e9rentes et fluides. Bref, les machines restent des machines et les humains auront encore leur mot \u00e0 dire, les traducteurs peuvent se rassurer&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Cela dit, Samuel L\u00e4ubli offre trois arguments pour ne pas sous-estimer la possibilit\u00e9 de la traduction par ordinateur. Premier point&nbsp;: la productivit\u00e9. Les ordinateurs sont extr\u00eamement rapides et en tant qu\u2019outils, ils sont d\u00e9sormais suffisamment bons pour permettre aux traducteurs de gagner du temps, avant tout dans des passages par exemple techniques ou juridiques, dans lesquels les ordinateurs excellent. Second aspect&nbsp;: la qualit\u00e9. Si le probl\u00e8me aujourd\u2019hui est avant tout la coh\u00e9rence contextuelle entre les phrases (comme de choisir le bon pronom pour reprendre un \u00e9l\u00e9ment apparu plus haut), il est d\u00e9j\u00e0 en grande partie r\u00e9solu dans le domaine de la recherche et on peut s\u2019attendre \u00e0 ce que cette fonctionnalit\u00e9 soit bient\u00f4t int\u00e9gr\u00e9e aux algorithmes accessibles au public (les obstacles \u00e9tant la puissance de calcul et la vitesse). Troisi\u00e8me et dernier point&nbsp;: la traduction automatique peut \u00eatre une source d\u2019inspiration. Elle permet de voir ce que d\u2019autres ont fait pour r\u00e9soudre un certain probl\u00e8me, ce qui peut \u00eatre particuli\u00e8rement int\u00e9ressant pour les expressions idiomatiques. Il est \u00e9galement possible d\u2019imposer des r\u00e8gles aux algorithmes, comme de traduire en rimes ou d\u2019\u00e9viter une lettre, des options qui pourraient \u00eatre propos\u00e9es prochainement par les programmes de traduction publics, comme il existe d\u00e9j\u00e0 la possibilit\u00e9 de choisir entre du langage formel ou informel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">En conclusion, on peut pr\u00e9dire&nbsp;un avenir prometteur autant pour la traduction automatique que pour les traducteurs humains, car on ne peut se passer ni de l\u2019une ni des autres. Du c\u00f4t\u00e9 des traducteurs, leur activit\u00e9 va changer dans une certaine mesure, car comme l\u2019a soulign\u00e9 Camille Logoz, ce n\u2019est pas du tout le m\u00eame travail que de traduire \u00e0 partir de rien ou de r\u00e9viser la proposition d\u2019un programme de traduction. Mais ne serait-ce pas l\u00e0 l\u2019opportunit\u00e9 de se concentrer sur les passages \u00ab&nbsp;int\u00e9ressants&nbsp;\u00bb qui requi\u00e8rent toute la cr\u00e9ativit\u00e9 du traducteur&nbsp;? Quant \u00e0 la traduction automatique, si elle ne peut trouver qu\u2019une application restreinte dans le domaine litt\u00e9raire, elle pourrait cependant repr\u00e9senter une option \u00e0 ne pas n\u00e9gliger pour la pr\u00e9servation des langues minoritaires et d\u2019une riche vari\u00e9t\u00e9 linguistique, forc\u00e9ment li\u00e9e \u00e0 un grand d\u00e9fi de traduction. Car malgr\u00e9 les limites qu\u2019on lui reconna\u00eet, la traduction automatique permet une traduction rapide, accessible et peu co\u00fbteuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">C\u00e9line Gilgien<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"has-text-align-left\">Quel th\u00e9\u00e2tre ! Traduire en direct une pi\u00e8ce de Julia Haenni<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Il n\u2019est pas inhabituel de lire \u00ab&nbsp;<em>traduit par\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb ou \u00ab<em>&nbsp;traduction de&#8230;<\/em>&nbsp;\u00bb au d\u00e9but d\u2019un roman ou d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre. Mais qu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire que de traduire un texte&nbsp;? Ou plut\u00f4t, comment faut-il traduire un texte&nbsp;? Ce sont des questions auxquelles nous pensons rarement, voire jamais. C\u2019\u00e9tait donc l\u2019occasion de participer \u00e0 la rencontre via Zoom durant laquelle Julie Tirard nous a permis de jeter un coup d\u2019\u0153il sur son travail en pr\u00e9sentant les principales difficult\u00e9s rencontr\u00e9es lors du processus de traduction. Puis, durant la discussion, elle a fait part de ses propres astuces et conseils.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Julie Tirard est une jeune autrice et traductrice fran\u00e7aise qui, aujourd\u2019hui, vit en Allemagne. Dans le cadre de la journ\u00e9e Aller-Retour, Julie Tirard traduit la pi\u00e8ce \u00ab&nbsp;<em>Don Juan. Ersch\u00f6pfte M\u00e4nner&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;(\u00ab&nbsp;<em>Hommes \u00e9puis\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb) de la dramaturge suisse-al\u00e9manique Julia Haenni. La com\u00e9die n\u2019est pas une r\u00e9\u00e9criture de&nbsp;<em>Don Juan<\/em>&nbsp;mais une r\u00e9flexion sur la repr\u00e9sentation de l\u2019homme moderne \u00e0 travers des dialogues humoristiques. Selon Julie Tirard, un texte comique est difficile \u00e0 traduire car on se sent parfois tent\u00e9 de rendre le texte plus dr\u00f4le. Cependant, en faisant cela, il y a un risque de passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019autre chose, quelque chose de plus profond que la blague.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans sa pi\u00e8ce, l\u2019autrice invente souvent de nouvelles expressions comme \u00ab&nbsp;<em>die Segel in den Wind werfen<\/em>&nbsp;\u00bb, ce qui n\u2019est pas courant en allemand. Il est difficile de traduire de tels jeux de mots, mais Julie Tirard estime que c\u2019est justement cet aspect-l\u00e0 qui rend les textes de Julia Haenni int\u00e9ressants. \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est tout l\u2019int\u00e9r\u00eat pour moi de traduire les textes de Julia Haenni. Elle joue beaucoup sur la langue, elle cr\u00e9e beaucoup de choses, elle d\u00e9cale les choses<\/em>&nbsp;\u00bb, d\u00e9clare Julie Tirard durant la r\u00e9union avant d\u2019ajouter quand m\u00eame que&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;pour une traductrice c\u2019est l\u2019horreur&nbsp;<\/em>\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Il y a beaucoup d\u2019anglicismes dans le texte original en allemand qui ont un certain effet sur le public. Mais est-ce que cet effet se perd lorsque le texte est traduit dans la langue fran\u00e7aise&nbsp;? Les anglicismes n\u2019ont pas la m\u00eame port\u00e9e si l\u2019autrice veut simplement rendre le langage familier et oral qu\u2019au cas o\u00f9 elle tient \u00e0 faire passer un message ou \u00e0 imposer un certain style. Ici, Julie Tirard affirme qu\u2019il est parfois utile de demander directement \u00e0 l\u2019auteur\/autrice, car \u00ab&nbsp;<em>ils ont leur mot \u00e0 dire<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Les onomatop\u00e9es forment aussi l\u2019une des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es lors de la traduction d\u2019un texte. Dans la langue allemande, le chien fait \u00ab&nbsp;<em>wauwau<\/em>&nbsp;\u00bb, tandis qu\u2019en fran\u00e7ais il fait \u00ab&nbsp;<em>woofwoof<\/em>&nbsp;\u00bb. Mais comment faire lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un bruit sec exprim\u00e9 par un \u00ab&nbsp;<em>Zack<\/em>&nbsp;\u00bb en allemand&nbsp;? Durant la discussion, les participants ont propos\u00e9 diff\u00e9rentes variantes comme \u00ab&nbsp;<em>Tsak<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>Vlam<\/em>&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;<em>Chlak<\/em>&nbsp;\u00bb. Mais finalement on n\u2019est pas s\u00fbr de trouver la meilleure mani\u00e8re d\u2019imiter cette id\u00e9e de vitesse exprim\u00e9e dans le texte original.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019une des plus grandes probl\u00e9matiques est la suppression totale des majuscules dans le texte allemand. La traductrice se trouve alors face \u00e0 un dilemme car si elle d\u00e9cide de faire de m\u00eame pour le texte fran\u00e7ais, ce dernier aura un autre impact. Il faut donc, tout comme pour les anglicismes, se poser la question s\u2019il s\u2019agit d\u2019un choix fondamental de l\u2019autrice ou non. Julie Tirard garde le d\u00e9bat ouvert&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, c\u2019est une question que je garde pour la fin, pour voir avec l\u2019autrice pourquoi elle n\u2019en utilise pas.<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ce qui est important pour Julie Tirard, c\u2019est de ne pas essayer de trouver imm\u00e9diatement la traduction parfaite d\u00e8s le premier essai, mais de r\u00e9fl\u00e9chir et de comprendre le texte sous tous ses aspects. Son but est de s\u2019engager, de garder le c\u00f4t\u00e9 humoristique de la pi\u00e8ce et de la rendre fran\u00e7aise. \u00c0 ses yeux, il importe avant tout que le th\u00e9\u00e2tre reste fluide \u00e0 l\u2019oral.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Anouk Lobsiger<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"has-text-align-left\">Comme une m\u00e9lodie \u00e0 deux voix<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Sous l\u2019animation de Camille L\u00fcscher, la traductrice Marion Graf et l\u2019illustratrice Anna Luchs se retrouvent pour discuter le r\u00f4le que peuvent avoir les images lors du processus de traduction. La traductrice commence par expliquer l\u2019importance qu\u2019elle pr\u00eate aux images lors de ses traductions. Le but premier du traducteur est de faire passer le plus fid\u00e8lement possible un texte d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre sans pour autant changer sa forme ni son sens. Marion Graf donne l\u2019exemple du livre&nbsp;<em>Le cafard<\/em>&nbsp;de l\u2019auteur russe Tchoukovsky qu\u2019elle a traduit en fran\u00e7ais. Le texte initial est accompagn\u00e9 d\u2019images et pr\u00e9sente des rimes. Il y a donc une double contrainte pour la traductrice&nbsp;: respecter le rythme et faire co\u00efncider la traduction avec les images pr\u00e9sentes. Traduire mot pour mot du russe et garder un m\u00eame rythme et les rimes n\u2019est pas un travail facile. Marion Graf affirme alors s\u2019inspirer des images accompagnant le texte pour trouver une solution. L\u2019illustration laisse donc place \u00e0 l\u2019imagination, pr\u00e9sente des \u00e9l\u00e9ments qui ne sont pas d\u00e9crits dans le texte et qui peuvent aider le traducteur \u00e0 trouver ses mots. La traductrice se sent \u00ab&nbsp;<em>emport\u00e9e comme une m\u00e9lodie \u00e0 deux voix du texte et de l\u2019image<\/em>&nbsp;\u00bb lorsqu\u2019elle traduit un livre illustr\u00e9 car les \u00e9motions du texte sont en premier lieu pr\u00e9sentes dans l\u2019illustration et dirigent ensuite le traducteur pour les exprimer sous la forme de mots.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019illustratrice, elle, s\u2019inspire souvent du texte, de sa forme, de termes issus de certains domaines sp\u00e9cifiques ou d\u2019expressions imag\u00e9es pour cr\u00e9er ses images. Elle souligne de nombreuses ressemblances, dans sa mani\u00e8re de proc\u00e9der, avec Marion Graf. Les deux femmes re\u00e7oivent un contenu, doivent l\u2019int\u00e9rioriser, l\u2019interpr\u00e9ter et le traduire en texte ou en images. Pour ce faire, l\u2019illustratrice s\u2019inspire de la langue et la traductrice de l\u2019image.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Carlina Schwartz<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"has-text-align-left\">Traduire le roman noir<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans une discussion anim\u00e9e par Sylvie Jeanneret, les auteurs Joseph Incardona et Nicolas Verdan ont rencontr\u00e9 les traductrices Lydia Dimitrow et Hilde Fieguth. La question centrale \u00e9tait de savoir comment transmettre des \u00e9motions par la traduction. La discussion a \u00e9volu\u00e9 autour de deux ouvrages en fran\u00e7ais et de leurs traductions allemandes&nbsp;:&nbsp;<em>La coach<\/em>&nbsp;de Nicolas Verdan et&nbsp;<em>Derri\u00e8re les panneaux, il y a des hommes<\/em>&nbsp;de Joseph Incardona.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">En tant qu\u2019auteurs de romans noirs, Incardona et Verdan sont pass\u00e9s ma\u00eetres dans l\u2019art d\u2019utiliser la langue comme moyen pour transmettre des \u00e9motions qui vont au-del\u00e0 du simple suspense. Incardona a expliqu\u00e9 qu\u2019il percevait le roman noir surtout comme roman tragique, roman de l\u2019homme. Les personnages y sont souvent perdus dans leur propre d\u00e9lire int\u00e9rieur, en rupture avec la soci\u00e9t\u00e9, parfois m\u00eame en ali\u00e9nation compl\u00e8te. Le contexte social est en arri\u00e8re-plan mais tout en restant essentiel pour montrer la d\u00e9sillusion du protagoniste. Le monde d\u00e9crit par Incardona se caract\u00e9rise par les t\u00e9n\u00e8bres et l\u2019obscurit\u00e9. Il n\u2019y a pas de place pour l\u2019espoir. L\u2019intrigue de son roman se passe sur l\u2019autoroute et dans les environs. Des filles disparaissent et une recherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e commence. Enfin, les personnages semblent \u00eatre bris\u00e9s par leur propre caract\u00e8re, comme l\u2019affirmait Lydia Dimitrow, traductrice du roman d\u2019Incardona. Mais la violence se manifeste aussi dans la langue. Dimitrow exprimait l\u2019impression que les phrases frappaient le lecteur encore et encore, comme des battements courts, en&nbsp;<em>staccato<\/em>. La plus grande difficult\u00e9 pour elle a \u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9tablir une distance par rapport \u00e0 cette violence, alors m\u00eame qu\u2019une traductrice doit \u00eatre proche des protagonistes, plus proche encore que le lecteur moyen. Il est d\u2019autant plus difficile de supporter le d\u00e9sespoir des personnages. L\u2019enjeu principal de la traduction d\u2019un roman noir est alors, selon Dimitrow, de trouver un \u00e9quilibre entre distance et proximit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;A son tour, Hilde Fieguth a \u00e9voqu\u00e9 une exp\u00e9rience similaire.&nbsp;<em>La coach<\/em>&nbsp;retrace l\u2019histoire d\u2019une jeune femme qui veut venger son fr\u00e8re. \u00c0 travers de longs monologues, elle essaie de justifier ses actes envers elle-m\u00eame d\u2019une fa\u00e7on tellement agressive que le lecteur commence \u00e0 devenir suspicieux. L\u2019enjeux est alors de trouver le bon ton, ce que Verdan a confirm\u00e9. Le ton joue en effet un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans son livre car il s\u2019agit d\u2019un ton noir mais aussi humoristique, dans la mesure o\u00f9 la protagoniste utilise beaucoup de cynisme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">La discussion entre les auteurs et \u00ab&nbsp;leurs&nbsp;\u00bb traductrices&nbsp;s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e passionnante. On pouvait apercevoir que bien qu\u2019ils aient trait\u00e9 intens\u00e9ment la m\u00eame \u0153uvre, ils n\u2019avaient pas toujours forc\u00e9ment la m\u00eame lecture du texte. D\u2019entendre ce que les traductrices ressentent lorsqu\u2019elles traduisent un texte violent \u00e9tait tr\u00e8s enrichissant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Lena Br\u00fcgger<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"has-text-align-left\"><em>I will be different every time<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Pour celles et ceux qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la th\u00e9matique des identit\u00e9s, du racisme et de l\u2019int\u00e9gration, la table ronde du festival aller-retour s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 passionnante. La mod\u00e9ratrice Florence Widmer a guid\u00e9 le public pendant une heure et demie, en menant la discussion en trois langues selon la personne \u00e0 laquelle elle s\u2019adressait. Les trois invit\u00e9es \u00e9taient Fork Burke, une po\u00e9tesse originaire des \u00c9tats-Unis, qui a \u00e9tudi\u00e9 la litt\u00e9rature et habite \u00e0 Bienne depuis huit ans&nbsp;; Myriam Diarra, l\u2019un des premiers enfants de couleur \u00e0 avoir grandi \u00e0 Bienne, et qui y travaille comme assistante socio-\u00e9ducative, p\u00e9dagogue et th\u00e9rapeute du mouvement&nbsp;; et enfin l\u2019activiste et autrice Franziska Schutzbach, une sociologue sp\u00e9cialis\u00e9e dans le domaine de&nbsp;<em>gender<\/em>. Les trois femmes ont r\u00e9dig\u00e9 ensemble un livre trilingue (f, d, e) sous le titre&nbsp;<em>I will be different every time<\/em>. Cet ouvrage aborde les exp\u00e9riences des femmes noires \u00e0 Bienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">L\u2019id\u00e9e du projet est n\u00e9e, entre autres, du fait que Fork&nbsp;Burke&nbsp;cherchait \u00e0 l\u2019\u00e9poque un livre pour enfants avec une forte figure principale, f\u00e9minine et noire. En outre, les autrices se rencontraient r\u00e9guli\u00e8rement pour discuter entre elles de sexisme et de racisme. Ces conversations les ont incit\u00e9es \u00e0 \u00e9crire ensemble un livre \u00e0 ce sujet. Le processus d\u2019\u00e9criture n\u2019\u00e9tait pourtant pas simple puisque les trois femmes voulaient aussi faire entendre d\u2019autres histoires de femmes noires de Bienne pour rendre leurs vies en Suisse plus visibles. \u00c0 cet effet, elles ont choisi des femmes de diff\u00e9rentes classes sociales, origines et \u00e2ges, venant de contextes familiaux vari\u00e9s. Parfois leurs interlocutrices craignaient qu\u2019elles n\u2019aient rien \u00e0 dire \u00e0 ce sujet, mais elles finissaient pourtant par d\u00e9couvrir qu\u2019elles avaient un flot de souvenirs, ce qui les a elles-m\u00eames \u00e9tonn\u00e9es. Leurs t\u00e9moignages \u00e9taient transcrits selon la langue utilis\u00e9e, parfois ils \u00e9taient aussi traduits. Tous les textes refl\u00e8tent la mani\u00e8re dont les femmes voulaient \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Pour offrir au public un aper\u00e7u du livre, les trois cr\u00e9atrices ont lu des passages qu\u2019elles trouvaient importants et touchants. Le fait qu\u2019il y a encore beaucoup de racisme structurel est l\u2019un des points le plus saillants. Fork Burke a expliqu\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait choqu\u00e9e par rapport aux conditions qu\u2019elle avait trouv\u00e9es en Suisse lorsqu\u2019elle est arriv\u00e9e. Elle se r\u00e9jouit d&rsquo;autant plus que les choses bougent, notamment au sein de la jeunesse. Les r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements aux \u00c9tats-Unis ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 non seulement les probl\u00e8mes de racisme dans la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine mais aussi en Europe et en Suisse. Le fait que le livre soit arriv\u00e9 sur le march\u00e9 pendant cette p\u00e9riode a certainement contribu\u00e9 \u00e0 sa popularit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Florence Widmer a fait un travail fantastique pendant cette discussion entre femmes en menant l\u2019entretien multilingue apparemment sans effort et avec \u00e9l\u00e9gance et doigt\u00e9. De nombreux aspects ont ainsi pu \u00eatre \u00e9clair\u00e9s et on avait envie d\u2019\u00e9couter les quatre femmes encore bien plus longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Julie Dietsche<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Sur la photo : Sylvie Jeanneret (au milieu) en discussion avec (de gauche \u00e0 droite) : Nicolas Verdan, Hilde Fieguth, Joseph Incardona et Lydia Dimitrow (sur l&rsquo;\u00e9cran).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 6 mars 2021 a eu lieu \u00e0 Fribourg, au Nouveau Monde, le festival de traduction litt\u00e9raire&nbsp;\u00ab&nbsp;Aller-retour&nbsp;\u00bb, sous la forme de s\u00e9ances \u00ab&nbsp;Zoom&nbsp;\u00bb et de retransmissions directes. 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