{"id":956,"date":"2021-04-26T07:42:25","date_gmt":"2021-04-26T05:42:25","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/?p=956"},"modified":"2021-04-26T07:42:27","modified_gmt":"2021-04-26T05:42:27","slug":"renaitre-re-netre-reintegrer-le-cosmos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.unifr.ch\/anneedulivre\/2021\/04\/26\/renaitre-re-netre-reintegrer-le-cosmos\/","title":{"rendered":"Rena\u00eetre &#8211; Re n&rsquo;\u00eatre : R\u00e9int\u00e9grer le cosmos."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Un texte de la nature. Un texte de la honte.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Un texte de l&rsquo;amour de soi. Un texte du d\u00e9sir.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Un texte du bonheur de la solitude. Un texte de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>Un texte de la libert\u00e9. Un texte de peu de pages, mais un texte de beaucoup.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Dans&nbsp;<em>Les<\/em>&nbsp;<em>Printemps sauvages<\/em>, sorti en avril 2021, Douna Loup raconte le chemin-voyage d&rsquo;une enfant ayant grandi au bord d&rsquo;un lac, avec pour unique compagne la nature palpitante.&nbsp;<em>\u00ab Je ne sais plus comment j&rsquo;ai v\u00e9cu cette enfance si seule. Sur la rive du lac rond. \u00c0 jeter des cailloux dans l&rsquo;eau et \u00e0 me noyer dans le souvenir du cou de ma m\u00e8re \u00bb.<\/em>&nbsp;Arriv\u00e9e au seuil de l&rsquo;adolescence, elle part sur les traces de son fr\u00e8re inconnu, accompagn\u00e9e de sa m\u00e8re. Cette qu\u00eate devient un vagabondage sur les routes, dans les champs et les for\u00eats, dans les fermes et les usines.&nbsp;<em>\u00ab Couch\u00e9es dans les tr\u00e8fles bas et la pr\u00eale nous avons pass\u00e9 des heures \u00e0 ne rien faire. Couch\u00e9es la nuit sous les pins dans les aiguilles chaudes nous nous sentions prot\u00e9g\u00e9es et nous parlions du monde. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Le temps s&rsquo;\u00e9coule, la narratrice grandit, s&rsquo;\u00e9panouit gr\u00e2ce \u00e0 ce voyage et aux rencontres qui le pars\u00e8ment, devient femme. Son corps se transforme au m\u00eame rythme que son esprit.&nbsp;<em>\u00ab Elle m&rsquo;avait tant donn\u00e9 Lola, elle m&rsquo;avait appris l&rsquo;int\u00e9rieur des centres et le sacre du plaisir qui se love entre mes jambes \u00bb<\/em>. Apr\u00e8s quatre ans de partage, la narratrice aborde sur l&rsquo;\u00eele de Locla-yom et, alors qu&rsquo;elle se baigne pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;oc\u00e9an, elle d\u00e9couvre le d\u00e9sir dans les bras de Barnab\u00e9e et se lib\u00e8re peu \u00e0 peu de son adolescence.&nbsp;<em>\u00ab Et l&rsquo;oc\u00e9an me sculptait en effet. \u00c0 force de passer aupr\u00e8s de lui mes jours, il commen\u00e7ait \u00e0 grignoter en moi tout le superflu, \u00e0 rendre mes contours saillants et \u00e0 faire affluer \u00e0 vif mes r\u00eaves et mes d\u00e9sirs \u00bb<\/em>. Cette rencontre marque une s\u00e9paration avec sa m\u00e8re, s\u00e9paration \u00e0 la fois lib\u00e9ratrice et douloureuse, qui lui permet d&rsquo;explorer ses sens et ses id\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Douna Loup est une experte des corps et du d\u00e9sir.&nbsp;<em>D\u00e9ployer<\/em>&nbsp;(2019), avec ses sept cahiers, racontait d\u00e9j\u00e0 la relation \u00e0 l&rsquo;autre, le besoin de possession et l&rsquo;\u00e9panouissement dans la sexualit\u00e9.&nbsp;<em>Les<\/em>&nbsp;<em>Printemps sauvages<\/em>&nbsp;reprend ces th\u00e9matiques et y ajoute la nature, la honte, la beaut\u00e9 du monde, sa fragilit\u00e9, les sexes, le pass\u00e9, le futur, le changement. Si bien que ce nouveau texte a un aspect indescriptible qui s&rsquo;incarne dans sa capacit\u00e9 \u00e0 unir une simplicit\u00e9 solaire et une dynamique totale, refl\u00e9tant le monde dans son int\u00e9gralit\u00e9. Il est \u00e9galement d&rsquo;une actualit\u00e9 fracassante puisqu&rsquo;il replace la nature au centre, nature qui devient le lien intangible qui guide la narratrice dans sa qu\u00eate, dans son chemin vers l&rsquo;\u00e2ge adulte et vers le d\u00e9sir. La nature qui berce, qui prot\u00e8ge, qui englobe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>\u00ab Je suis n\u00e9e \u00e0 Locla-yom. J&rsquo;ai \u00e9clos des confins de la nuit. J&rsquo;ai d\u00e9froiss\u00e9 mes fleurs sessiles pour na\u00eetre dans le vent. Je me suis ouverte dans le soleil et le sel. Je me suis renforc\u00e9e dans la terre et le quartz de Locla-yom \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Mais Douna Loup rappelle \u00e9galement que la nature est un tr\u00e9sor fragile, maltrait\u00e9e par l&rsquo;humain\u00b7e, par les usines et par nos d\u00e9sirs incessants de grandeur qui traversent le texte. Critique de notre capitalisme fulgurant, sans pour autant incorporer une d\u00e9nonciation criante, Douna Loup attire l&rsquo;attention, subtilement, sur l&rsquo;importance de prendre soin de cette nature, dans laquelle il faut s&rsquo;enraciner \u00e0 nouveau :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>\u00ab Nous dispara\u00eetrons dans les cours d&rsquo;eau pour c\u00e9l\u00e9brer les sources et nous ne nous souviendrons plus de tout le reste, de tout le superflu, le gaspillage, que nous avions invent\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement, jusqu&rsquo;\u00e0 le hisser \u00e0 la hauteur d&rsquo;un art. L&rsquo;art qui nous aura conduits \u00e0 la chute nous l&rsquo;oublierons pour rena\u00eetre nus dans les cours des fleuves, pour savourer la force des volcans. \u00bb&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Sans crier, en murmurant, c&rsquo;est \u00e0 une r\u00e9volution que&nbsp;<em>Les Printemps sauvages<\/em>&nbsp;appelle donc. Une r\u00e9volution du regard, mais aussi une r\u00e9volution des actes. Ce livre s&rsquo;attaque \u00e0 d\u00e9construire le monde tel qu&rsquo;on le connait, tel qu&rsquo;on le vit. Par exemple, la notion binaire du genre est d\u00e9mantel\u00e9e par le personnage de Barnab\u00e9e, femme-homme qui incarne l&rsquo;\u00e9closion du d\u00e9sir de la narratrice. Barnab\u00e9e illustre la libert\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u00ab genre \u00bb ou de ne pas l&rsquo;\u00eatre, sans brutalit\u00e9 aucune. La beaut\u00e9 du corps humain, de sa fluidit\u00e9, de ses flux et reflux, devient, sous la plume l\u00e9g\u00e8re de Douna Loup, une \u00e9vidence et le genre varie aussi bien dans le personnage de Barnab\u00e9e que dans les mots et les pronoms qui se mixent peu \u00e0 peu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>\u00ab Alors j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 m&rsquo;immiscer en lui\u00b7elle, \u00e0 soulever ses jambes, \u00e0 glisser ma langue, mes doigts partout, il \u00e9tait si beau son corps m\u00e9lang\u00e9, son corps qui ne s&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9cid\u00e9 entre les deux sexes. Il m&rsquo;\u00e9poustouflait. \u00bb&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Les Printemps sauvages<\/em>, c&rsquo;est encore un appel \u00e0 la libert\u00e9. La libert\u00e9 d&rsquo;\u00eatre, de penser, de sentir. Dans ce texte, l&rsquo;esprit se m\u00eale \u00e0 la nature, se d\u00e9tache de ses cha\u00eenes, s&rsquo;incarne vivement dans le corps qui exalte ses d\u00e9sirs. Cette recherche s&rsquo;inscrit dans la r\u00e9flexion construite par Douna Loup dans d&rsquo;autres textes, tel&nbsp;<em>D\u00e9ployer<\/em>&nbsp;qui appelait \u00e0 la relativit\u00e9 des regards et \u00e0 l&rsquo;acceptation des \u00eatres. En 2019, dans le cadre des journ\u00e9es litt\u00e9raires de Soleure, j&rsquo;avais pu interviewer Douna Loup qui avait utilis\u00e9 les mots suivants pour d\u00e9crire son texte, mots qui entrent en parfaite harmonie avec&nbsp;<em>Les Printemps Sauvages<\/em>&nbsp;: \u00ab L&rsquo;amour, c&rsquo;est \u00bb, m&rsquo;avait-elle dit, \u00ab \u00eatre \u00e9merveill\u00e9\u00b7e et laisser l&rsquo;autre dans sa libert\u00e9 et dans sa beaut\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>Les Printemps Sauvages,<\/em>&nbsp;c&rsquo;est enfin un texte de l&rsquo;amour, dans toutes ses formes :&nbsp;&nbsp;amour de soi, amour charnel, amour de l&rsquo;humain\u00b7e, amour de la terre. Et il n&rsquo;est pas besoin de beaucoup de mots ou d&rsquo;un style grandiloquent, la simplicit\u00e9 po\u00e9tique de Douna Loup se suffit amplement \u00e0 elle-m\u00eame :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><em>\u00ab Je remercie la nature qui est l&rsquo;image de cette coexistence simple et tranquille de tout, qui est la luxuriante vari\u00e9t\u00e9 des esp\u00e8ces, la toute acceptante. \u00bb&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Douna Loup,&nbsp;<em>Les Printemps sauvages<\/em>, Ch\u00eane-Bourg, \u00c9ditions Zo\u00e9, 2021, 160 pages, 24 CHF.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un texte de la nature. Un texte de la honte. Un texte de l&rsquo;amour de soi. Un texte du d\u00e9sir. Un texte du bonheur de la solitude. Un texte de l&rsquo;humanit\u00e9. Un texte de la libert\u00e9. Un texte de peu de pages, mais un texte de beaucoup. 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