Camille aux papillons

Par annemarie

Comment se construire lorsque les autres nous considèrent comme quelqu’un que l’on n’est pas ? C’est notamment autour de cette question sensible que s’articule l’album Camille aux papillons de Mary…

Comment se construire lorsque les autres nous considèrent comme quelqu’un que l’on n’est pas ?

C’est notamment autour de cette question sensible que s’articule l’album Camille aux papillons de Mary Wenker. J’ai choisi cet ouvrage car je pense qu’il est nécessaire d’introduire la question de l’identité de genre auprès des enfants, afin de répondre à leurs éventuels questionnements et de prôner le respect et l’acceptation de toutes et tous, le plus tôt possible, et notamment dans le cadre scolaire.

Résumé :

Depuis toujours, Camille se sent profondément fille. Née dans le corps d’un garçon, elle subit les moqueries de ses camarades, qui n’acceptent pas son ressenti. Camille est très affectée par le fait qu’on la considère comme un garçon. Heureusement, elle peut compter sur le soutien de ses parents, de ses grands-parents et de son ami Papillon. 

Papillon vient lui rendre visite lorsque, tourmentée par ses questions, Camille peine à trouver le sommeil. Un soir, il décide de l’emmener en voyage pour lui prouver que, sur cette Terre, il y a des endroits où la diversité est une richesse.

Elle rencontrera Amaranta, une femme transgenre, et Charly, qui ne se sent ni garçon ni fille. Le lendemain, Camille prit son courage à deux mains, raconta son rêve à ses camarades, leur expliqua son ressenti et à quel point les moqueries étaient difficiles à vivre. Les enfants se mirent un à un à partager des expériences similaires, où ils s’étaient eux aussi sentis blessés à cause de moqueries liées à leurs différences.

À tour de rôle, les élèves exprimèrent leurs besoins pour se sentir bien et s’engagèrent à ne plus se moquer de qui que ce soit.

Regard critique :

Ce livre met principalement en lumière la question de l’identité de genre à travers le personnage attachant de Camille, petite fille assignée garçon à la naissance. On suit son quotidien, ses ressentis, ses joies et ses peines, ce qui suscite une profonde empathie chez le lecteur. Au fil des pages, je remarque que d’autres thématiques sont également traitées. 

La toute première page du livre représente Camille dans sa chambre avec son petit frère. Les deux enfants jouent aux poupées. L’une se prénomme Pablo et a les cheveux mi-longs, une autre s’appelle Kim et a les cheveux courts. Dans sa chambre, il y a « des jeux de construction, un circuit de voitures, un tableau pour dessiner, des perles, des puzzles… » mais aussi des poupées, des barrettes, des bijoux et du maquillage. Par ces éléments j’ai l’impression que l’autrice cherche à déconstruire les stéréotypes de genre liés à l’apparence (par exemple : cheveux longs pour les filles et courts pour les garçons), mais aussi liés aux jouets genrés par la société (par exemple : les voitures pour les garçons et les poupées pour les filles).

De par la diversité des jouets, cette mise en scène pourrait inviter le lecteur à questionner les normes imposées par la société dès le plus jeune âge. 

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans cet ouvrage, c’est sa dimension participative. Les nombreuses questions adressées directement au lecteur, telles que « Et toi, à quoi aimes-tu jouer ? », permettent d’impliquer activement l’enfant dans la lecture et d’ouvrir des espaces de dialogue. Ces questions sont de véritables leviers pédagogiques, notamment pour aborder les stéréotypes de genre et favoriser l’expression personnelle.

Le soutien inconditionnel des parents et des grands-parents de Camille est également un élément du récit qui m’a marqué. Il transmet un message d’espoir fort et montre que l’entourage familial peut jouer un rôle fondamental dans le bien-être et la construction identitaire d’un enfant.

La scène finale, dans laquelle Camille partage son rêve et ses émotions avec ses camarades est particulièrement forte et m’a beaucoup touchée. Les élèves prennent conscience que chacun peut être blessé par des moqueries, quelles qu’en soient les raisons. En effet, juste après avoir partagé son ressenti, ses camarades se sont mis un à un, à exprimer des situations similaires de moquerie que ce soit par rapport au poids, à la couleur des cheveux, à une religion ou encore à un handicap. L’autrice dépasse ici la seule question de l’identité de genre pour aborder plus largement la diversité et l’unicité de chaque individu. 

Par la suite, le fait que chaque enfant ait pu exprimer ce dont il avait besoin pour se sentir bien montre également l’importance de la communication, de l’écoute et de pouvoir exprimer ses besoins, ses ressentis et ses émotions dans la construction d’un climat de respect mutuel. J’aime d’ailleurs beaucoup la question qui est posée à cette page-là pour le lecteur « De quoi as-tu besoin pour te sentir bien ? ». C’est une question qui pourrait également être abordée en classe avec des élèves afin de leur permettre de réfléchir sur ce qui est bon pour eux, et leur permettre de pouvoir le verbaliser ou simplement d’en prendre conscience.

Pour finir, j’ai trouvé que les illustrations renforçaient les propos grâce à un jeu de couleurs contrastées, traduisant avec justesse les émotions de Camille. Des couleurs vives et lumineuses dans les moments de joie, et des couleurs sombres et ternes dans les épisodes de tristesse. Le symbole du papillon, présent tout au long de l’album, apporte une touche de féérie. Il pourrait évoquer la transformation, la liberté et la renaissance, et peut être interprété comme une métaphore du cheminement intérieur de Camille vers l’affirmation de son identité.

Visée pédagogique :

L’album Camille aux papillons constitue un support particulièrement pertinent pour un travail en classe autour du vivre-ensemble, du respect des différences et de l’expression des émotions. Il peut être exploité dès l’âge de 4 ans, notamment dans les degrés de 5–6H, en instaurant un cadre sécurisant, par exemple à travers des temps de discussion collective ou de cercle de parole. Ces moments permettent aux élèves d’exprimer leurs ressentis face aux situations de moqueries, d’exclusion ou d’injustice, tout en développant leur capacité d’écoute et d’empathie.

La lecture de l’album offre également l’occasion d’aborder la diversité sous différentes formes (identité, apparence, croyances, situations de vie) et d’amener les élèves à réfléchir aux effets de leurs paroles et de leurs comportements sur autrui. Les questions posées tout au long de l’histoire peuvent servir de point de départ à des échanges guidés ou à des activités réflexives, favorisant la verbalisation des émotions et des besoins.

Des prolongements créatifs, tels que le dessin, l’écriture ou la réalisation d’une production collective, peuvent accompagner la lecture afin de permettre aux élèves d’exprimer leur compréhension de l’histoire et leur vision du respect et de la diversité. Cet album s’inscrit ainsi pleinement dans une démarche éducative visant à instaurer un climat de classe bienveillant, inclusif et respectueux de chacun.

Conclusion :

Camille aux papillons est un album profondément touchant et nécessaire, qui aborde des thématiques sensibles avec justesse et délicatesse. Il permet d’ouvrir le dialogue autour de la diversité, du respect de l’autre et de l’identité de genre, tout en restant accessible aux enfants. Je recommande vivement cet ouvrage aux parents ainsi qu’aux enseignants souhaitant accompagner les enfants dans la construction d’une société plus inclusive, bienveillante et respectueuse.

Chaque personne est unique, précieuse et mérite d’être respectée.

 

Informations sur l’ouvrage :

Titre : Camille aux papillons 

Autrice : Mary Wenker 

Illustratrice : Amélie Buri

Maison d’édition : Éditions Loisirs et Pédagogie 

Date de parution : 2021

Âge conseillé : 4 à 10 ans

Autrice de la critique : Marion Babel (classe 1.3 F)

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