Doudou est un pingouin tellement mignon et attachant que ses frères et sœurs n’arrêtent pas de lui faire des câlins. Sur la couverture, on le voit d’ailleurs en train de fuir, poursuivi par ses congénères. Mais Doudou, lui, veut juste être tranquille. Ses frères et sœurs ne le comprennent pas et lui disent qu’il est trop mignon pour être laissé seul. Du coup, il décide de partir à la recherche d’un endroit où il pourra enfin avoir la paix. Il trouve une petite cabane en bois où il espère pouvoir jouer tranquille. Mais, bien sûr, sa solitude ne dure pas longtemps. Ses proches le retrouvent, et puis un grand bonhomme (un humain) arrive alors que tout le monde s’était enfuit ! Alors qu’il fuit le terrifiant humain, Doudou finit par se perdre, pour la première fois il se sent seul. Enfin, quand il retrouve ses ami·es, il leur saute dans les bras, cette fois de manière sincère et consentie.
Ce livre de Jez Alborough, même s’il est sorti il y a un moment (en 1993), mérite vraiment sa place sur le blog. Je l’ai trouvé par hasard en fouillant dans des vieilles affaires. C’est un livre que je n’avais jamais lu enfant, et pourtant quelle claque ! S’il n’est pas considéré comme un classique, son message sur le respect de l’espace de chacun et sur le consentement est super pertinent, à une époque ou le sujet semble enfin pris au sérieux. Cette histoire m’a touché car petit, comme Doudou, j’avais de la peine avec les marques d’affection trop prononcées. Et la question du consentement est pour moi centrale dans l’éducation.
Fiche technique
Auteur-illustrateur : Jez Alborough
Maison d’édition : Kaléidoscope
Date de parution : 1993
Âge conseillé : 5-8 ans
Le paradoxe du consentement
Ce qui est intéressant dans ce livre, c’est sa façon de montrer que l’affection peut parfois être vécue comme une menace. Doudou, c’est un peu le seul à affirmer sa singularité. (Il est le seul à porter une chemise à fleurs et des lunettes). Pourtant, sa famille le réduit à son apparence physique : il est doux, donc on peut le câliner sans lui demander son avis.
L’arrivée de l’humain, gigantesque, dessiné en contre plongée de manière oppressante est un moment important. En disant « Quel adorable pingouin ! », il fait exactement la même chose que les autres pingouins avec Doudou. Cela montre aux enfants que ce que l’un considère comme de l’affection, l’autre peut le vivre comme une agression. C’est une bonne façon de les amener à réfléchir à ça.
La Lune, c’est poétique et ça marche toujours !
La pleine lune orange, entourée d’étoiles, est pour moi l’image la plus belle et touchante du livre. Sur une banquise dominée par les couleurs froides, cette couleur chaude apparaît lorsque Doudou se sent perdu et seul, à la nuit tombée. J’ai compris le contraste de cette lune comme un symbole du consentement. Ce qu’elle éclaire, c’est une rencontre, une affection enfin consentie. Au final, les ami·es de Doudou ne se jettent plus sur lui. Iels attendent qu’il leur fasse signe et lui demandent s’il en a assez d’être seul. Iels ont écouté les besoins de ce dernier. Cette lumière orange nous rappelle que les câlins ne sont agréables que s’ils sont consentis par les deux parties. En criant « DOUX » et en glissant vers elleux, Doudou choisit enfin à qui et quand donner son affection.
Exploitation possible en classe
Je trouve que ce livre est parfait pour lancer une discussion sur les bulles personnelles. On peut poser des questions comme : Si mon copain ou ma copine porte un vêtement tout doux, on a le droit de le·la toucher sans demander son avis ? Le moment où Doudou crie « ARRÊTEZ DE ME SUIVRE ! » est un passage important pour parler de l’importance de savoir dire non. C’est un super outil pour apprendre aux enfants que le corps de l’autre n’est pas un jouet, même quand il s’agit de quelqu’un qu’on aime et qui nous aime beaucoup, et qu’iels ont le droit de dire non quand un contact physique ne leur plait pas. Pour moi il est essentiel de parler de consentement le plus tôt possible, et j’ai trouvé cette histoire géniale pour introduire un concept aussi important que celui-là.
Michaël Gay des Combes, 1.4F
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