La récup’ des rêves oubliés – Gloria & Dupont

Par annemarie

Où vont nos rêves oubliés, que deviennent-ils ? Si beaucoup se posent la question, il se pourrait bien que Margaux et ses pinceaux détiennent la réponse. Un récit d’espoir pour petits et grands, qui questionne la place qu’est laissée à la créativité et aux rêves dans notre société moderne capitaliste.

Informations sur le livre

Titre de l’ouvrage : La récup’ des rêves oubliés

Auteure : Gloria Hélène

Illustratrice : Dupont Manuela

Édition : La marmite à mots, éditions jeunesse

Année de parution (dépôt légal) : mai 2017

Âge et degrés conseillés :

– Pour lecture approfondie ou travaillée en classe : 6-12 ans / fin 3H-7H

– Pour lecture-plaisir : rêveur·euses dès 6 ans

 

Synopsis :

Où vont nos rêves oubliés, que deviennent-ils ? Si beaucoup se posent la question, il se pourrait bien que Margaux et ses pinceaux détiennent la réponse.

En effet, Margaux en a fait du chemin avec sa « caralotte », et partout, le constat est le même : les rêves sont délaissés, brisés, oubliés à mesure que les enfants deviennent adultes. En les récupérant « en lambeaux, exilés de nos pensées et rejetés de nos cœurs » sur le bord de la route, Margaux fait de la rénovation de ces espoirs délaissés, une véritable passion. Après avoir pris soin de les comprendre, l’artiste nomade leur rend leur éclat d’antan et davantage encore de féerie. Elle peut alors les confier aux enfants, qui, grandis trop vite, ne savent parfois même plus ce qu’est un rêve – car les adultes, trop pressés, n’ont plus le temps ni l’intérêt d’en avoir.

Margaux a trouvé sa place et compte bien réaliser le sien : redonner des couleurs à sa ville grisâtre et de l’espoir aux enfants. Mais que se passera-t-il alors lorsque le coup de foudre frappera à sa porte ? Saura-t-elle suivre le fil de son rêve malgré tout, ou le délaissera-t-elle au profit de l’amour ?

 

Florilège de citations :

«  […] ce paradis caché, on le doit à Margaux et ses pinceaux […] l’artiste ambulante voit le monde comme un immense tableau » p.7

« En grandissant, en devenant adultes, ils ont cessé [de croire en leurs rêves] et les ont laissés tomber. […] La routine du quotidien avait pris le dessus. » p.9

« Ne baissez pas les bras, [dit Margaux aux rêves], vous avez toute la vie pour vous réaliser » p. 10

« Les rêves sont prêts à s’envoler à nouveau pour peupler le monde de leurs espoirs aux milles couleurs » p. 14

 

Avis critique :

Cet ouvrage se caractérise par une esthétique particulièrement soignée. Les illustrations réalisées sur papier kraft, plongeant le·a lecteur·ice dans un univers de bricolage, ne cherchent pas à expliciter le texte, mais à le compléter avec subtilité. Le fort contraste entre l’image de la ville et l’univers coloré de Margaux accentue la métaphore centrale. Le format horizontal, l’aménagement du texte parmi les illustrations, les mots farfelus et les tournures chantantes de la narration, captent l’attention des lecteur·ices de tout âge et nous immergent dans l’histoire.

L’album développe une métaphore forte autour des rêves : ceux-ci peuvent-être multiples, fragiles, parfois trop ambitieux ou nombreux pour éclore, mais tous aspirent à être réalisés. Le message est clair : la société adulte, individualiste, grise et routinière n’a plus le temps de poursuivre ses rêves, tandis que les enfants et les artistes eux, conservent cette capacité à voir le monde en couleurs et veut voir ses rêves se réaliser. Ceux-ci deviennent alors un but, une armure et même une ligne directrice.

Cependant, malgré les nombreux messages de cet album, la résolution narrative reste questionnable. Le scénario de la jeune femme talentueuse, pleine d’espoir et de rêves, douée et maitresse de son destin qui perd tous ses repères lorsqu’un homme apparait dans sa vie me semble peu convenable dans un livre qui se veut porteur d’émancipation. Ce genre de phénomène, déjà bien trop présent dans notre société, ne me paraît pas être une métaphore à véhiculer à des citoyen·nes en développement. En plus de dépeindre des clichés de genre (l’homme qui a des rêves à ne plus savoir qu’en faire, et qui part de manière égoïste épancher sa soif d’aventures dangereuses, alors que la femme espère amener de la paix, de l’espoir et de la lumière en étant altruiste et en s’y oubliant presque), cela narre une histoire hétérosexuelle dans laquelle les rôles ne sont pas inversés (Margaux s’abandonne car son cœur est en peine, et que l’amour devient sa priorité, tandis que le marin continue d’être maître de son destin et de se prioriser). J’ai été déçue de cette fin qui sous-entend que le marin repartira

En conclusion, il s’agit d’un très bel album, qui a tout à fait sa place dans une bibliothèque de classe. Il permet de travailler l’imaginaire, l’expression artistique et d’ouvrir plusieurs thématiques sociétales. Toutefois, sa lecture gagne selon moi à être accompagnée et remise en perspective notamment en ce qui concerne les rapports entre rêve et amour et le risque d’oublier ses aspirations au profit de l’altruisme. A titre personnel, le travail de l’illustratrice m’a davantage plu que le texte, dont le fond peut parfois sembler un peu bateau et stéréotypé. J’ai toutefois beaucoup aimé le personnage de Margaux, auquel je m’identifie personnellement ainsi que dans ma posture professionnelle. Finalement, être enseignante, c’est aussi un peu être le pont entre la société parfois grise, et l’imaginaire des enfants.

 

Idées d’usage pédagogique :

Cet ouvrage représente un bon support pédagogique pour travailler la créativité, la construction identitaire et les choix de vie. Il ouvre des espaces de réflexion autour du rapport au rêve, aux émotions et aux injonctions sociales, tout en favorisant l’expression artistique, le débat et même la réflexivité.

Amorce: Amorcer la lecture par une discussion plénum autour de la thématique du rêve : Avez-vous des rêves ? pourquoi ? à quoi servent-ils ? peut-on grandir sans rêves ?

Activités:

  • Pour les plus jeunes :

        Arts visuels : Repérer dans l’album, un ou deux rêves abimés, leur inventer une histoire et les rénover. Puis créer une exposition

  • Pour les plus grands :

         Activité réflexive : Repenser à un rêve oublié : veulent-ils le rénover ? Comment le feraient-ils ? Veulent-ils le faire revivre et en prendre soin, ou l’offrir aux autres ? En ce qui concerne les rêves, à quel personnage caractéristique s’identifient-ils le plus et pourquoi ? (Margaux, les enfants, le marin, les adultes, autre ?)

Bonus : Opter pour une manière de ne pas oublier les rêves qu’ils veulent voir se réaliser et la mettre en place. Exemple : dresser des listes (écrites ou dessinées) de leurs rêves et les afficher en classe ou à la maison à un endroit où ils les voient souvent.

           Éducation citoyenne : Thématiser les problématiques soulevées par l’ouvrage : Pourquoi est-ce qu’on abandonne nos rêves ? Notre société nous empêche-t-elle de rêver ? Pourquoi ? Peut-on aimer sans renoncer à nos rêves ?

 

Malou (Katia) Allemann 1.3F

 

 

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