Informations générales sur l’ouvrage :
- Titre: L’enfant du silence
- Auteurs: Gilles Tibo et Edgar Bori
- Illustrations: Nahid Kazemi
- Maison d’édition: La montagne secrète
- Date de parution : 10 décembre 2025
- Âge conseillé : dès 8 ans (2ème cycle)
Critique littéraire
J’ai choisi L’enfant du silence pour son titre d’abord, qui intrigue et invite immédiatement à ralentir. Dans un monde saturé de bruits, il promettait une lecture plus intérieure. Après la lecture des premières pages, je me suis demandé comment le silence pouvait devenir le véritable fil conducteur d’une histoire et j’espérais qu’il ne serait pas présenté comme une simple absence, mais comme une expérience à part entière.
L’histoire suit un enfant qui, la nuit, quitte le sommeil pour partir à la rencontre des refuges du silence. Il traverse la maison endormie, s’aventure dans la nature, explore la forêt, les champs et l’étang, avant de descendre dans une caverne où reposent des instruments de musique venus de tous les horizons. Peu à peu, le silence se transforme : il murmure, il berce, il vibre. À l’aube, l’enfant consigne ses découvertes dans un carnet intitulé Le Sans Bruit des Mots. De ces nuits silencieuses naît l’écriture, et l’enfant devient écrivain.
Cette lecture a suscité chez moi un sentiment de calme et d’apaisement. Le silence n’est jamais figé : il est habité, presque musical. Cette dimension est renforcée par le fait que l’album peut être accompagné de chansons composées spécialement pour ce livre. Elles prolongent l’univers de l’histoire et offrent une autre manière d’entrer dans le récit, en mêlant lecture et écoute, ce qui ouvre des pistes intéressantes pour une lecture multisensorielle.
J’ai particulièrement apprécié l’écriture poétique et répétitive, qui instaure un rythme lent et laisse une grande place à l’imaginaire. Les mots suggèrent plus qu’ils n’expliquent. Les illustrations de Nahid Kazemi renforcent cette atmosphère : les teintes froides et douces créent un univers nocturne enveloppant, tandis que le rouge du vêtement de l’enfant sert de repère visuel. Les contours flous et les textures donnent l’impression d’un monde suspendu entre rêve et réalité. Texte et images dialoguent avec subtilité.
Le personnage principal est celui que j’ai le plus apprécié, notamment parce qu’il est le seul véritablement construit. Ses frères et sœurs apparaissent brièvement et les parents sont évoqués sans être représentés. Ce choix renforce l’impression d’intériorité du protagoniste. Je me suis identifiée à sa curiosité et à sa manière de s’isoler pour mieux écouter le monde. La fin de l’histoire ne m’a pas donné envie d’être changée, car elle apparaît comme une évidence : l’écriture naît naturellement de cette exploration du silence.
Selon moi, les auteurs ont écrit ce livre pour rappeler que le silence peut être une source de création et non un manque. Une question que j’aimerais leur poser serait : comment inviter les enfants d’aujourd’hui à apprivoiser le silence sans le craindre ?
Je recommanderais cet album aux enseignant·e·s et aux élèves du deuxième cycle, notamment en 5H–6H. Je lirais cette histoire en classe dans un cadre calme, éventuellement enrichie par l’écoute de certaines chansons. L’enfant du silence est un album qui est maquant par sa douceur et sa profondeur.
Mara Sofia Kühn,1.2F, CEDP
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