Imaginez que vous êtes Julie et qu’un jour, vous vous réveillez et voyez l’ombre d’un enfant qui fait les mêmes choses, mais en version masculine. Comment réagiriez-vous ?
Informations pratiques :
Auteur : Cristian Bruel
Illustrateur : Anne Bozellec
Éditeur : Thierry Magnier
Date de parution : 10 septembre 2014
Âges conseillés/degrés : 10-12 ans/7 H-8 H
Bref résumé :
« Julie n’est pas polie
elle suce encore son pouce
Julie est très jolie
mais voudrait être rousse
Julie n’est pas très douce
elle n’aime pas les peignes
et se cache sous la mousse
pour ne pas qu’on la baigne
Julie sait ce qu’elle veut
elle en parle à son chat
ils ont de drôles de jeux
que ses parents n’aiment pas
Mais elle voudrait
qu’on l’embrasse
quand même. »
Dans une ville, dans une maison, dans une chambre d’enfant, vit Julie.
Julie est une petite fille qui préfère se cacher sous la mousse pour ne pas être lavée, mettre la couverture comme vêtement et garder les patins pour lire plutôt que porter une jolie robe et avoir ses cheveux bien coiffés. Julie se comporte comme un garçon et joue à des jeux de garçons. Chaque fois que ses parents s’approchent d’elle, ils la réprimandent pour son comportement et ils la traitent de « garçon manqué ». Ainsi, un matin, elle se réveille avec l’ombre d’un garçon qui suit chacun de ses gestes, et il fait tout de façon incorrecte, ce qui la mélange et la dérange. Seulement elle peut voir cette ombre de garçon parce que sa mère ne voit pas l’ombre. Alors elle commence à se battre avec l’ombre et cherche par tous les moyens à la cacher, à l’enlever et à la faire disparaître en courant et en restant dans la nuit, car l’obscurité fait mourir les ombres, mais ne sert à rien, jusqu’à ce qu’elle arrive à un point où elle commence à douter de son identité et se sent perdue. Donc, un jour, elle se cache dans un trou et les rencontre, un garçon qui pleure. Il lui explique que, quand il pleure, il va au parc, parce que, comme ça, personne ne peut se moquer de lui, car tout le monde dit qu’il pleure comme une petite fille. Puis elle se confie au garçon en disant que tout le monde lui dit qu’il est un vrai garçon manqué et que « les gens disent que les filles, ça doit faire comme les filles, les garçons, ça doit faire comme les garçons. On n’a pas le droit de faire un geste de travers. Tiens, c’est comme si on était chacun dans son bocal. » « -Comme pour les cornichons ?». Alors le garçon a répondu que « oui, comme pour les cornichons. Les cornifilles dans un bocal, les cornigarçons dans un autre, et les garnfilles, on ne sait pas où les mettre. Moi, je crois qu’on peut être fille et garçon, les deux à la fois si on veut. Tant pis pour les étiquettes. On a le droit ! ». Le matin suivant, ils rentrent chez eux et ils sont retrouvés finalement. Julie a compris que « on a le droit » d’être nous-mêmes, elle le sait maintenant.

Avis critique :
Les éditions Thierry Magnier rééditent aujourd’hui l’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon (Christian Bruel & Anne Bozellec), album paru dans les années 1970 et toujours d’une grande actualité.
Julie, petite fille dont l’ombre est celle d’un garçon, subit incompréhension et rejet, surtout des adultes. Le texte simple mais profond et les illustrations expressives en noir et blanc avec quelques touches de rouge font de l’ombre un personnage à part entière, symbole du conflit intérieur et de la pression des normes de genre. Pour ces raisons, j’ai choisi ce livre et encore pour les sentiments qu’il transmet. En effet ce livre suscite des émotions fortes : tristesse face à l’injustice vécue par Julie, colère contre les parents qui cherchent à la faire rentrer dans un moule, mais aussi espoir lorsque l’histoire ouvre la voie à l’acceptation de soi. L’album invite le lecteur à se questionner : pourquoi certaines attitudes ou goûts seraient-ils réservés aux filles ou aux garçons ? Qui décide de ce qui est « normal » ?
Je recommanderais particulièrement cet ouvrage aux élèves de fin de cycle 2, car ils sont à un âge où les normes sociales et le regard des autres prennent de plus en plus d’importance. Ce livre permet d’ouvrir le dialogue sur la différence, le respect et la construction de l’identité personnelle.

Usage en classe cycle 2 :
L’histoire de Julie, qui avait une ombre de garçon, est un support intéressant pour le cours de français. Grâce à son thème et à sa dimension symbolique, l’album permet d’engager les élèves dans une réflexion d’identité tout en développant leurs compétences langagières.
La lecture à voix haute favorise la compréhension et l’interprétation du texte. Les élèves peuvent identifier les émotions de Julie, repérer les passages importants et réfléchir au sens de l’ombre. Des activités d’écriture, comme rédiger un texte du point de vue de Julie ou imaginer une autre fin, permettent de travailler l’expression écrite, le vocabulaire des émotions et l’argumentation.

Martina Senkal, 1.4 F
Commentaires