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itre : Les contes rouges du chat perché.
Auteur : Marcel Aymé.
Illustrateurs : Claudine et Roland Sabatier.
Maison d’édition : Gallimard jeunesse.
Date de parution : 1995 pour cette édition, 1939 pour le texte.
Âge conseillé : de 10 à 100 ans, voire plus (ou moins pour les petits grands lecteurs).
Marcel Aymé a écrit deux recueils de contes pour enfants : Les contes rouges du chat perché, et Les contes bleus du chat perché.
Ces contes, que me lisait et relisait régulièrement ma mère, ont représenté un amusement inoubliable de mon enfance, mais peut-être ne les ai-je jamais autant appréciés que maintenant que je les relis avec mon œil d’adulte.
Ces contes sont d’une finesse et d’un humour rarement égalés, et méritent largement d’être rangés parmi les classiques de la littérature de jeunesse. L’auteur est très spirituel, et ses descriptions pleines de vie. Lorsque l’on commence à lire, le contexte nous fait d’abord croire à des nouvelles réalistes, puis, bien vite, la magie se montre, et finit par nous plonger, avec surprise, dans un conte merveilleux où tout est possible. Tout d’abord, les animaux parlent comme des hommes, et parfois mieux. Puis, ce qui semble tout d’abord être des coïncidences, se révèle être la manifestation du surnaturel.
Par exemple, dans le premier conte, « La patte du chat », l’on voit le chat passer la patte derrière son oreille, et cela annonce la pluie. On croit tout d’abord que c’est un hasard, ou bien un réflexe félin typique lorsque le temps devient pluvieux, mais en fait, on se rend compte qu’il a un contrôle total sur ce geste, qui détermine entièrement la pluie et le beau temps. S’il passe la patte, il pleut, et s’il ne la passe pas, il fait sec. Bien-sûr, la suite du conte nous montre le chat user de ce pouvoir pour faire pression sur son entourage et obtenir tout ce qu’il désire.
Ce recueil contient sept contes, tous plus amusants et originaux les uns que les autres : « La patte du chat », qui conte ce que l’on vient de voir ; « Les vaches », où il est question de voleurs de vaches qui ne sont pas toujours ceux que l’on soupçonne ; « Le chien », où il est permis à qui le souhaite de prendre le mal d’un aveugle ; « Les boîtes de peinture », où l’on découvre qu’il faut faire bien attention à la manière dont on peint les animaux, car les conséquences de leur vexation pourraient être difficilement réversibles ; « Les bœufs », qui nous enseigne qu’il n’est pas toujours une bonne idée que d’instruire des bêtes ; « Le problème », qui nous démontre qu’il n’est pas nécessaire de savoir calculer pour résoudre un problème mathématique ; et « Le paon », où l’on voit dans quelle misère peut nous conduire la recherche morbide de la beauté, mais aussi quel miracle la foi peut accomplir.
Ces contes du chat perché ont tous des éléments récurrents, communs à tous. Les histoires sont celles de Delphine et de Marinette, deux fillettes de la campagne, qui vivent dans une ferme avec de nombreux animaux et des parents sévères. Les parents ― à quelques exceptions près ― sont toujours présentés comme une seule entité, unie dans la joie, et surtout dans la colère. Ils ont beaucoup à redire de leurs fillettes, qui ne pensent qu’à jouer et ne cessent de faire des bêtises. Elles sont néanmoins si attachantes, et les parents si intolérants et répressifs, que presque toutes les bêtes de la ferme soutiennent Delphine et Marinette, les protègent, les aident, et surtout sauvent leur réputation face aux parents. Les aventures se passent toujours plus ou moins de cette manière : un événement plutôt anodin se produit, mais il prend des proportions démesurées, surtout à cause des bêtises de nos adorables protagonistes, puis, par l’union des animaux et des enfants, tout finit par revenir à la normale, si bien que l’on pourrait croire que rien ne s’est passé.
Ce sont des contes que je conseille pour plusieurs raisons : le style de rédaction, qui est exemplaire, l’amusement et les rires qu’ils suscitent, la description d’une vieille France rurale, qui, quoique surannée, a quelque chose d’intemporel, et, pour les parents ou instituteurs, ils démontrent tout en subtilité une certaine morale de l’éducation et de l’instruction, notamment à l’aide de contre-exemples.
Enfin, les dessins de Claudine et Roland Sabatier, en plus d’être jolis avec leur air d’album ancien, sont vraiment bien trouvés, et semblent être faits par l’auteur lui-même, tellement ils illustrent les contes avec fidélité.
Frédéric Delaunay, 1.3 F
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