Peut-on rire du meurtre ? La fin du week-end affirme que oui.
Jocelyn, un policier genevois préposé aux statistiques, va se retrouver à enquêter sur un possible tueur en série ne sévissant qu’en fin de semaine, tout en gérant son mariage branlant. Tel est le postulat de base de La fin du week-end de Michaël Perruchoud, aux éditions Okama. S’inscrivant dans le genre populaire du polar, ce roman parvient à s’en démarquer grâce à un jeu d’équilibriste entre humour et enquête, maîtrisé du début à la fin.
La comédie parcourt le roman notamment à travers ses personnages — ça tombe bien, j’adore rire. La preuve : ahah. Jocelyn et Pernilla, sa compagnonne d’enquête, cheminent entre incompétence crasse, gloutonnerie et soudaines illuminations. Tandis que le premier rate constamment ses courses-poursuites, en finissant « en arrière dans les sacs d’ordures » ou se prenant des coups de « semelles dans le ventre », la deuxième ne cesse de se goinfrer de malbouffe : « cheeseburger » au volant, « hot dog mayonnaise » ou encore « un sachet géant de chips au paprika ». Ces deux comparses ne semblent pas avoir les épaules suffisamment solides pour cette enquête. Cependant, la police genevoise (fictive) n’est apparemment pas plus apte à trouver le fin mot de l’histoire, nous offrant quelques scènes d’interrogatoires lunaires :
— Vous utilisez souvent l’adverbe « sincèrement » …
— Que voulez-vous dire ?
— Que vous êtes sans aucun doute une personne sincère, monsieur Grunwald.
Et ce n’est pas que les dialogues et les comportements des personnages qui provoquent des rires plus ou moins bienveillants, mais aussi les situations. Quoi de mieux qu’inviter une « astrologue neuchâteloise aux penchants anarchistes » pour espérer faire avancer l’enquête ? Si ce n’est – « en analysant les thèmes astraux des victimes » – pour suggérer que les victimes « devaient avoir des caractères difficiles ».
L’humour fait mouche, mais ce serait réducteur de ne s’arrêter qu’à cet aspect. En dehors de leurs compétences sociales et policières parfois discutables, Jocelyn et Pernilla parviennent tout de même à se rapprocher d’un coupable. Malheureusement il est compliqué de dévoiler leurs éclairs de génie sans gâcher l’enquête qui défile sur 250 pages. Il faudra donc me croire sur parole que Perruchoud accomplit haut la main le défi de mêler une bonne dose d’humour et une enquête qui capte l’intérêt du lecteur jusqu’à la révélation, aussi absurde soit-elle.
Perruchoud Michaël, La fin du week-end, Genève, Okama, juin 2025, 250 pages, 25 CHF.