Et vous, quand est-ce que vous vous sentez le plus vivants ?

24 portraits-miroirs, à travers lesquels la narratrice et les lecteurs ont la possibilité de découvrir un peu plus le monde et soi-même. Quand est-ce que tu te sens le plus vivant ? – c’est la question autour de laquelle se construit le projet, à la fois littéraire et artistique, de Francine Wohnlich.

 

Dramaturge et comédienne, Francine Wohnlich tisse dans son quatrième livre un recueil d’impressions, de portraits de vingt-quatre inconnus, âgés de 15 à 85 ans, et venus à sa rencontre pour parler de leur vie. À partir de cette expérience quasi anthropologique, l’autrice d’origine genevoise crée une œuvre hybride, entre enquête et journal intime :

 

Je partais découvrir un visage, un prénom, une façon de m’adresser la parole et de se raconter. Un échange d’environ deux heures, le temps d’une boisson.

 

Lors de ces rencontres, introduites par la même et unique question mentionnée, les interviewés choisissent eux-mêmes les aspects de leur vie qu’ils souhaitent dévoiler. L’autrice, elle, se garde le droit de choisir ce qu’elle va inclure dans son livre.

Chaque chapitre commence par un portrait vif et spontané qui se concentre sur l’extérieur de la personne rencontrée, suivi d’un récit de sa vie. Ces courts récits ne sont cependant pas la seule trace de ces entretiens. À la fin du livre sont rassemblés vingt-quatre portraits-croquis que l’autrice a dessinés lors de ses rencontres. Dressés rapidement, ils relèvent les traits marquants de ceux qui lui ont offert leur histoire.

D’une œuvre à l’autre Francine Wohnlich expérimente avec des genres. Après Baptiste et Angèle, écrit en dialogues et mis en scène dans des théâtres de Suisse romande, elle a publié un roman et un recueil de nouvelles. Cette fois-ci, l’écrivaine nous présente un récit autobiographique.

Son projet, né à la suite de la mort de son père, s’est transformé en une recherche qui dépasse sa seule personne. Dans chaque chapitre-portrait, les impressions de la narratrice soutiennent et façonnent le récit des personnes rencontrées. Les révélations des interlocuteurs suscitent chez elle une réflexion sur les défis de la vie : Comment trouver des forces pour surmonter le chagrin et le deuil ? Comment faire des choix justes et ne pas les regretter ? Comment se sentir prêt au changement ? Quelle est la place de l’amour dans la vie ? Quelle est la valeur de la vie sans famille ou enfants ?

 

On attend la vie, elle nous glisse des mains, on oublie de la vivre… C’est ça, vivre.

 

En passant d’un portrait à l’autre, on suit la narratrice à travers le prisme de ce qu’elle a entendu ; on observe comment elle se réinvente à travers des idées et visions évoquées dans les récits des autres. Dans la mesure où chaque chapitre semble refléter en lui-même une facette de l’autrice, on peut même se demander si l’œuvre dans sa globalité ne constituerait pas un portrait de Francine Wohnlich. Novateur et artistique, franc et imagé, Vivants est une œuvre à lire absolument.

 

Francine Wohnlich, Vivants, Art & fiction, Lausanne, Genève, 2019, 216 pages, 14,90 CHF

 

Crédits photographiques :

© art&fiction, Lausanne / Genève, 2019

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