Quand j’avais 17 ans

Pas loin de la ville, dans le foyer du Théâtre des Osses à Givisiez, c’est une petite foule d’habitué·e·s, de curieuses et de nouveaux qui s’attablent. L’air de décembre est froid, mais les paupières et les oreilles du public sont ouvertes pour ce deuxième café littéraire de la saison 2018-2019. Après les saveurs de la poésie indienne et avant de découvrir les pages pour adultes de Roald Dahl en février, c’est un voyage en adolescence qui s’annonce sous le titre aux accents rimbaldiens : « Quand j’avais 17 ans ».

La cérémonie de remise du prix littéraire du Roman des Romands par les étudiantes et étudiants du secondaire II qui auront lu les huit livres sélectionnés cette année aura lieu pour la dixième fois début 2019. Dix ans d’échanges et de lectures, de lectures et d’échanges entre les adolescent·e·s, les auteurs et les autrices qu’illes lisent et rencontrent au long de leur processus de sélection. Dans la logique de cet échange autour de la littérature, chaque écrivain·e sélectionné·e depuis la toute première édition a été invité·e à écrire un petit texte sur ses 17 ans. Un beau livre sorti cette année anniversaire recueille ces 71 textes, dont les 8 textes des auteurs de cette année qui rythmeront la soirée.

La soirée, justement ! Les verres et les tasses sont remplis, l’ambiance café est posée, tout est prêt pour la littérature ! Elle est servie ce soir par Jérémie Bielmann, Hugo Braillard, Rita Moreira, Bryan Oberson, Ariane Pelluet et Djemi Pittet, tous les six élèves de la classe préprofessionnelle du Conservatoire de Fribourg qui interprètent les 8 variations sur le thème des 17 ans. Ces jeunes comédiennes et comédiens ont été épaulé·e·s par les doyens Yann Pugin et Nicolas Pernet, le premier pour les lectures, le second pour les intermèdes chantés, accompagnés au piano par Véronique Piller. Plus statiques, mais pas moins intéressants, les auteurs Bastien Roubaty et Éric Bulliard sont là aussi. La distance temporelle qui sépare chacune des personnes présentes de ses 17 ans est très variée, pourtant cet âge « ingrat », ce moment « pas sérieux » aimante tous les souvenirs de la salle, quel que soit le temps passé. Les mœurs n’ont pas besoin d’être adoucies, alors les musiques sélectionnées, bandes originales des années évoquées, servent de passerelles vers les différentes époques des différents 17 ans. Dans toutes les têtes tournent les souvenirs rythmés : qui donc se souvient de Jamelia ? Qui oubliera Nina Simone ?

Mais on reprend une gorgée de son verre, et on se remet au présent, qu’il comptabilise 16, 27, 55 ou 67 ans. Éric Bulliard, 48 ans, sélectionné cette année, et Bastien Roubaty, 25 ans, sélectionné l’an dernier, sont invités à la discussion par Matthieu Corpataux, 26 ans. La diversité des âges aurait pu être complétée par la diversité des genres, mais cette déception n’a pas éclipsé la diversité des échanges sur la littérature, sur les pratiques d’écritures, les sources d’inspiration, la nécessité d’écrire et surtout l’expérience enrichissante et émouvante des rencontres avec le jeune lectorat du Roman des Romands. Cette belle soirée a offert à toute la salle de ressortir enrichie de nouvelles réflexions et de souvenirs adolescents réilluminés ou complétés par ceux des auteurs et autrices. Une envie de lire tous les ouvrages sélectionnés s’est aussi imposée dans les poches de la veste chaude du retour. Quand j’avais 17 ans, j’aurais bien aimé participer au Roman des Romands.

 

Emma Schneider

 

Crédits photographiques : Jean-Marc Steiner / Le Roman des Romands

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