Aimez-vous les langues comme les aime Corinne Desarzens ?

L’écrivaine de double nationalité suisse et française Corinne Desarzens, née à Sète, nous propose dans son nouveau livre de la suivre en voyage de découvertes linguistiques et culturelles.

 

Après une expérience journalistique dans les médias genevois et une activité professionnelle en tant que traductrice, Corinne Desarzens s’est consacrée à l’écriture. Elle compte une liste volumineuse d’œuvres et a été récompensée par plusieurs prix littéraires, y compris le Prix Schiller – le plus ancien prix littéraire suisse.

La lune bouge lentement mais elle traverse la ville est sa deuxième collaboration avec la maison d’édition La Baconnière, où a déjà paru en 2018 L’Italie, c’est toujours bien. Le leitmotiv de cette dernière parution est l’amour pour les différentes langues du monde entier, pour leur force expressive et l’unicité de sensations que chacune d’elles peut produire sur celui qui est prêt à s’ouvrir à une autre culture.

Le livre est composé de 37 chapitres-récits qui ne sont pas unis par un fil narratif. Il se présente plutôt sous la forme d’impressions notées dans un journal intime après des voyages, souvenirs d’immersions dans des contextes linguistiques et culturels étrangers. Chaque chapitre raconte une expérience avec une langue et une région du monde à laquelle appartient cette langue. Ainsi les lecteurs peuvent faire le tour du monde en suivant la narratrice en Russie, Italie, Suisse alémanique et rhéto-romane, Grèce, Géorgie, à l’île de Man, aux États-Unis, et ailleurs. Ce qui est passionnant est la façon dont l’auteure montre comment on peut transformer les relations avec l’étranger (une langue, une région, une façon de vivre) à partir de la première prise de contact jusqu’à l’établissement d’un lien qui reste pour la vie. La narratrice donne un aperçu vif d’une très grande palette linguistique, en mettant en évidence les traits les plus marquants de chacune des langues présentées.

Comme toute expérience personnelle, ce livre exige de l’attention. Il n’est pas fait pour une lecture rapide. La lune bouge lentement mais elle traverse la ville vous propose au contraire de prendre le chemin des découvertes de la narratrice et de partager des moments de vie au rythme voulu pour savourer chaque instant avec les personnages qui apparaissent au fil des pages. Pour ceux qui voudront poursuivre ce chemin à leur rythme, l’auteure propose une liste de lecture.

À remarquer aussi le caractère très imagé de l’édition. Les histoires sont accompagnées d’illustrations propres au contexte culturel de chaque langue particulière. C’est ainsi qu’on retrouve, dans le chapitre consacré au russe, une reproduction moderne de l’icône Le Dernier Jugement, un thème répandu dans l’art byzantin et traité en grande complexité en Russie ; un dessin en aquarelle de la Piazza Pretoria de Palerme ; ou une reproduction artistique de l’alphabet tigrinya. Pour finir, soulignons le travail méticuleux fait par l’auteure pour rassembler une telle kyrielle de détails interculturels. Ce sont eux qui font la valeur de ce livre.

 

Corinne Desarzens, La Lune bouge lentement mais elle traverse la ville, Editions de la Baconnière, Genève, 2020, 346 p., 24 CHF

 

Crédits photographiques : © Éditions la Baconnière, 2020

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *