Les sables du labyrinthe vivant

Que se passe-t-il si l’on n’est plus capable de se fier à sa mémoire ? Dans Warda s’en va, sous-titré Carnets du Caire, Pierrine Poget emmène le lecteur dans un voyage au cœur de la capitale de l’Égypte. Poget choisit une forme diaristique tout en alternant entre deux chronologies : celle de son séjour en Égypte et celle de son retour à Genève. Ce faisant, elle réussit à exprimer l’effet de cette expérience de déplacement sur sa vie quotidienne. Ce qui est central à Warda s’en va, c’est bien l’étrangeté du Caire que la narratrice explore lors d’un séjour prolongé. Elle y rencontre des gens, elle boit du thé avec quasiment tout le monde, elle essaie de s’orienter dans cette ville labyrinthique où l’on parle une langue qu’elle ne comprend pas, et surtout elle essaie de savoir si elle est en danger. Lors d’une excursion surprise à Gizeh, elle a peur d’être arnaquée, peut-être même enlevée et vendue à une caravane. Honteuse, elle finit par découvrir que les gens sont aussi honnêtes en Égypte que dans le reste du monde.

Le récit de Poget, plein de couleurs vibrantes, est pourtant troublant : Qu’est-ce qui est réel, qu’est-ce qui n’est qu’illusion ? Les souvenirs sont-ils fiables ? Ce doute lancinant distingue le livre de Poget d’autres récits de voyage et fascine bien au-delà de la première lecture. Warda s’en va est un récit d’images et d’imaginations, à la fois vivaces et vacillantes. La poussière chaude du désert qui remplit l’air de la ville, le trafic incessant, la frustration des habitants face aux préjugés de l’Occident sur l’Orient sont tout aussi palpables que le goût doux-amer du thé, aussi essentiel à la vie quotidienne des Cairotes que le vin blanc pour un Valaisan.


Pierrine Poget, Warda s’en va : Carnets du Caire, Éditions La Baconnière, 2021.

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