« Reconnaissances », une rencontre ?

Revenir sur son œuvre par un livre, c’est le pari osé que relève Catherine Safonoff dans Reconnaissances, un texte paru aux éditions Zoé en août 2021. Intriguant ? 

En 2016, Catherine Safonoff avait publié La distance de fuite, un roman qu’elle disait alors être son dernier. Pourtant, en 2021, paraît Reconnaissances, un récit particulier qui se veut un pèlerinage au sein de son œuvre, une ré-exploration de ses idées et de ses personnages. Son titre exprime selon l’autrice la reconnaissance d’une dette envers les personnes aimées, parmi lesquelles Katerina, poétesse et traductrice grecque, en compagnie de laquelle Catherine Safonoff avait séjourné lors de l’écriture de son deuxième texte, Retour, retour

Faire sa propre genèse 

Revenir sur ses douleurs, sur ses erreurs, pour expliquer son œuvre, s’en imprégner. Catherine Safonoff nous offre par ce texte l’opportunité de la « reconnaître », pas uniquement en tant qu’écrivaine, mais également en tant qu’être humain. Pour la première fois, elle nous livre des parts intimes, souvent demandées par les lecteurs et lectrices : 

Remarques d’un lecteur : vous donnez des versions contradictoires du suicide de votre père, vous passez sous silence les derniers jours de votre mère. 

Reconnaissances est donc tout d’abord un livre de l’intime, rédigé à la manière d’un journal de bord dans lequel on pourrait lire les pensées de Catherine Safonoff, ses souvenirs et ses peines, notamment l’abandon de ses filles 

Mais le livre revient également sur la genèse de l’écriture, il recompose son chemin d’écriture en retraçant la création de ses ouvrages précédents. Avec sa plume incisive qui imite la manière rapide dont la pensée peut fonctionner, Catherine Safonoff revient sur des sujets qui ont su la captiver, tel que l’interdit qui entoure l’île de Leros, mais également sur ses personnages dont elle raconte la naissance : 

Mon portrait d’elle pâlit, j’ai parlé cent fois de cette femme, répétant où et comment nous nous sommes rencontrées, par quel hasard pour moi miraculeux, nécessaire. Katerina est d’éternité mon personnage, je suis sa petite suivante, il me la fallait, il me la faut encore. 

Catherine Safonoff questionne le lien entre réel et écriture, entre vécu et fictionnalité. Katerina est un personnage de son œuvre qui évolue finalement indépendamment de la figure l’ayant inspiré. Ce faisant, Reconnaissances interroge la capacité d’une œuvre à vivre hors de sa créatrice, à l’image de l’indépendance de Katerina : 

Je revois notre accolade d’au revoir. Je l’ai aimée plus qu’elle ne m’a aimée, et c’est bien ainsi. Sa joie de partir pour l’Amérique, de revoir le professeur d’Iowa, ses grandes espérances, sa petite personne claudiquante, éclatante, radieuse : cet instant est absolu. C’est midi. Elle réapparaît sur le pont, me fait signe, puis le sillage blanc l’emporte. 

Par le récit de ses souvenirs d’écriture, Catherine Safonoff réactualise son œuvre tout en ressuscitant ses personnages qui apparaissent alors sous un jour plus intime. Elle dessine ses grands-parents, ses derniers instants avec sa mère ou la relation ambiguë entre ses parents et propose à son lectorat de plonger dans sa source d’inspiration principale, son vécu. Ce livre offre une démarche étonnante et opère une « reconnaissance » qui va de l’autrice à la femme.


Catherine Safonoff, Reconnaissances, Éditions Zoé, 2021, 144 pages.

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