Toi aussi tu as un oncle comme lui ?

Le premier roman de Rebecca Gisler, auteure suisse dont la langue maternelle est l’allemand, nous plonge indiscrètement dans l’histoire quotidienne d’une famille franco-suisse. Tout l’univers de l’oncle se trouve en Bretagne, dans un petit village au bord de la mer où il semblerait qu’il n’y ait rien d’autre à faire que d’aller boire un coup au bar du coin, faire ses courses et tondre sa pelouse. Le personnage est fascinant à sa manière : d’âge moyen, crasseux, boiteux, enfantin, généreux, serviable, grotesque, en surpoids. On ne peut s’empêcher d’éprouver de la sympathie envers cet homme qui semble inoffensif, inapte à survivre à la dure réalité de la vie comme le montrera l’épisode du passage à l’hôpital. Mais il n’est pas seul. Entouré de son neveu et sa nièce qui vont l’aider et parfois le brusquer dans son train-train quotidien, c’est surtout à travers les observations de la nièce que nous découvrons les différentes facettes du personnage. On finit par connaitre quasiment tout de lui : comment il vit, son plat préféré, où il a fait son apprentissage, les soldes qui l’attirent au supermarché et ses nombreux besoins en tous genres.  Mais il reste une part de mystère à cet oncle, quelque chose d’énigmatique dont il veut garder le secret. 

L’écriture est enjouée, l’amusement est au rendez-vous à travers l’observation du phénomène inclassable qu’est cet oncle. On ne peut s’empêcher de se demander si nous aussi on a un tel oncle. Et on réalise bien vite que notre famille a elle aussi ses dysfonctionnements, ses histoires cachées, l’oncle ne fait pas exception. Les phrases-pages de l’auteure permettent de donner un maximum de détails sur cette famille, oncle et neveux, et on se laisse volontiers emporter par cette spirale de mots.

« L’oncle, qui est de nature tranquille, sort parfois sa tête de la fenêtre tel un bernard-l’ermite jaillissant de sa coquille, et alors on pourrait croire qu’il souhaite contempler ce panorama que d’aucuns lui envieraient certainement, et croyant cela on se tromperait, car rien n’intéresse moins l’oncle que les beautés du paysage, les couchers de soleil, les mers démontées et les millions d’étoiles le laissent complètement indifférent, ce qui importe à l’oncle, c’est l’action, et sous ce rapport, il est plutôt mal loti, attendu qu’il doit se satisfaire de furtifs passages de hérissons. » L’inactivité et l’étrangeté sont peut-être ce qui permet le mieux de caractériser l’oncle, deux notions qui définissent notamment la période de confinement que nous avons vécue il n’y a pas si longtemps que ça… 


Rebecca Gisler, D’oncle, Editions Verdier, 2021, 128 p. 

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